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[ACTUALITE] Jean-Marc Janaillac patron d’Air France – KLM : des défis de taille pour un homme du consensus !

Publié par Tyler Birth

On connait donc le nom du futur Président-directeur général d’Air France – KLM : il s’agit de Jean-Marc Janaillac. Son nom apparaissait dès ce week-end lorsqu’on apprenait que c’était lui qui allait être présenté par le comité de nomination devant le Conseil d’Administration du Groupe. L’officialisation de sa titularisation a d’ailleurs eu lieu dès dimanche lors de la tenue d’un Conseil d’Administration Extraordinaire le 1er mai dernier.

Evidemment, l’arrivée d’un nouveau dirigeant à la tête du troisième groupe aérien européen ne vient pas sans son lot d’interrogations et de commentaires.

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Un français très hollandais.

Il avait semblé évident depuis le début de ces tractations que nul autre qu’un français n’allait diriger le Groupe binational. Pour aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est cependant la règle tacite depuis la naissance de d’Air France – KLM, où la première était venue à la rescousse de la seconde.

C’est aussi étonnant que c’est dommage : chez IAG, Alex Cruz, venu de Vueling -la compagnie low cost du groupe-, fait un très bon travail chez British Airways…

Le poids du politique.

Si Jean-Marc Janaillac fait figure de hollandais, c’est pour une toute autre raison : il est un très proche du Président François Hollande. Si du côté d’Air France on jure mordicus que l’Elysée n’est jamais intervenu, personne ne pourra bien entendu le croire. En France, l’exécutif intervient depuis toujours dans la nomination des capitaines d’industries, surtout dans des domaines aussi stratégiques que l’énergie ou les transports.

Jean-Marc Janaillac est un « Voltaire ». Ami de François Hollande de toujours, ils ont fréquenté les mêmes bancs de l’ENA et de HEC à la fin des années 70. Depuis leurs liens ne se sont jamais ténus et on lit aisément dans la presse le récit de leurs entrevues toutes en amitié au domicile même du Président de la République.

Mais cette nomination éminemment politique doit évidemment être mise en miroir avec celle d’Alexandre de Juniac en 2011. Ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, il ne devra sa nomination à la tête d’Air France qu’à Nicolas Sarkozy. Avec Janaillac, l’alternance du haut de l’exécutif est logiquement reproduite à ce poste clé de l’industrie française.

Par ailleurs cet homme du Périgord avait d’abord rêvé de prendre les rênes d’Aéroports de Paris – devenu Paris Aéroport -, mais le poste était revenu à Augustin de Romanet suite à des arrangements politiques. En lieu et place, il lançait  avec Transdev « Isilines » en 2015, profitant de la loi Macron de libéralisation des autocars … au détriment de HOP!, la filiale régionale du Groupe, pour qui cela constitue une concurrence certaine sur les lignes transversales.

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Redresser la compagnie sans oublier les clients.

La mission qui est confiée à Jean-Marc Janaillac s’annonce délicate. L’exécutif socialiste, par la voix de Jean-Pierre Jouyet – un autre Voltaire -, avait pensé à lui en 2012 pour reprendre en main Transdev, un paquebot de 90 000 salariés mêlant entreprises privées, entreprises anciennement publiques, bilans comptables catastrophiques et ambiance sociale déliquescente. Un son de cloche étonnamment proche de celui d’Air France (moins chez KLM d’ailleurs). C’est la raison principale de l’arrivée de Jean-Marc Janaillac.

Redresser Air France – KLM ne sera pas une tâche facile. D’autant plus compte tenu de ces quelques éléments suivants :

  • Avec un profil plutôt financier, Jean-Marc Janaillac ne risque-t-il pas de suivre la même voie que Frédéric Gagey ? Un homme du consensus mais qui n’arrive pas à peser assez dans le dialogue social.
  • L’univers aérien est très particulier, et depuis une dizaine d’année l’expérience passagers est devenu le lieu d’une compétition extrêmement dure. Alexandre de Juniac avait l’immense avantage de le connaitre parfaitement en tant que passager compte tenu de son expérience à Thalès qui l’avait conduit à voyager avec Air France ainsi qu’avec la concurrence de nombreuses fois. Ce n’est pas le cas de Monsieur Janaillac qui semble n’avoir que très peu sinon aucune connaissance de ce point de vue.

Il faudra donc d’une part conserver l’impulsion de son prédécesseur sur ce plan tout comme sur celui de la comptabilité de l’entreprise qui a fortement réduit sa dette au premier trimestre 2016 ; sans les mauvais côtés de ce management qui ont conduit à un véritable schisme entre différentes sphères de la compagnie. Alexandre de Juniac restera l’homme qui s’est mis les navigants à dos (un quart de l’effectif total de l’entreprise) tout en privilégiant des branches bien moins utiles aux besoins opérationnels de l’entreprise.

Fort heureusement, Jean-Marc Janaillac est plutôt vu comme l’homme du consensus, laisse une bonne image derrière lui, et pratique la méthode du « conflit positif » entre ses cadres qui a visiblement donné de bons résultats chez Transdev. Le SNPL a d’ailleurs salué sa nomination dès lundi, ce qui est un signal positif fort !

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Des chantiers épineux.

Transform et Perform.

A lui donc de s’attaquer aux chantiers scabreux de la compagnie avec ces deux plans mis en place par le management actuel et qui n’ont pas pu être menés à leur terme dans toutes les catégories de personnel. Des négociations à n’en plus finir si bien qu’ils en deviennent presque illisibles dans le détail sauf … le résultat de l’échec des négociations : des blocages à répétition de part et d’autres :

  • D’un côté des pilotes qui menacent de faire grève ;
  • De l’autre les représentants de l’Etat Français au Conseil d’Administration qui refusent, sans qu’on comprenne bien le rapport, la réception des Boeing 787 à l’automne prochain.

Sur ces deux sujet, JMJ aura la tâche bien difficile de ramener ses interlocuteurs à la raison.

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Transavia.

La low cost franco-hollandaise semble être la meilleure réponse au développement ininterrompu de cette branche. Avec un produit qualitatif et des avions neufs, elle doit impérativement être mise au cœur du dispositif et associée aux autres compagnies du Groupe.

Conclusion

Le passif d’homme de consensus et le passé d’homme du redressement économique jouent en la faveur de Jean-Marc Janaillac. Il succède à un P-DG qui aura été autant apprécié pour avoir repositionné Air France (KLM dans une bien moindre mesure)  parmi les meilleures compagnies aériennes du monde ; mais qui aura été celui du plus grave conflit social de la compagnie.

Le défi est de taille, mais celui qui a été choisi semble y correspondre et donne, pour le moment, bon espoir pour l’avenir de la compagnie.

Rendez-vous fin juillet pour la prise de fonction de Monsieur le Président Janaillac.

Tyler.

A propos de l'auteur

Tyler Birth

Tyler Birth est blogueur, consultant et accro aux programmes de fidélité des compagnies aériennes et des chaînes hôtelières. Il parcourt les quatre coins du globe, à raison d'une centaine de vols par an en classes "avant" afin de proposer à ses lecteurs des reportages axés sur le secteur du transport aérien et de l'hôtellerie haut de gamme et ainsi en présenter les nouveautés !

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