Cette fois, il n’y a plus de débat possible. Airbus vient officiellement de confirmer avoir livré 793 avions commerciaux en 2025, en hausse de 4 % sur un an, selon son communiqué publié le 12 janvier 2026. Le chiffre, identique ou très proche des estimations avancées ces dernières semaines par Bloomberg et Cirium, valide la trajectoire industrielle annoncée en fin d’année par le constructeur européen. Mais au-delà du symbole, cette publication permet surtout de repositionner 2025 non comme une année de performance spectaculaire, mais comme un exercice d’exécution maîtrisée dans un environnement sous contrainte permanente.
793 livraisons : un chiffre conforme, mais surtout crédible.
Avec 793 appareils livrés à 91 clients, Airbus atteint exactement l’ordre de grandeur qu’il s’était fixé après avoir révisé son objectif initial d’environ 820 avions. Dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur les fournisseurs, des problèmes qualité identifiés sur certains panneaux de fuselage, et une supply chain toujours fragilisée par l’héritage post-Covid, le fait de tenir un objectif révisé vaut aujourd’hui davantage qu’un record absolu.
La progression reste modérée par rapport à 2024 (766 livraisons), mais elle est continue, et surtout sans rupture industrielle majeure.
Une structure de livraisons révélatrice des priorités d’Airbus
La ventilation des livraisons sur trois ans met en lumière une stratégie très claire :
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A320 Family : 607 livraisons en 2025 (contre 602 en 2024)
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A220 Family : forte accélération à 93 appareils (contre 75 en 2024)
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A330 Family : légère progression à 36 unités
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A350 Family : stabilité à 57 livraisons, après un pic à 64 en 2023
Le message est limpide : le monocouloir reste le pilier économique, tandis que les long-courriers progressent plus prudemment, au rythme des capacités industrielles réelles, et non des ambitions commerciales. À noter que le carnet de commandes long-courrier atteint un record historique de 1 124 appareils, confirmant que la contrainte n’est pas la demande, mais bien la capacité de production.
Commandes : un volume solide, sans euphorie
En parallèle, Airbus annonce 1 000 commandes brutes en 2025 (889 nettes), émanant de 57 clients, portant le carnet de commandes total à 8 754 avions, un record absolu.
La répartition des commandes confirme la robustesse du portefeuille :
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49 A220
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656 A320
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100 A330neo
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193 A350
Airbus maintient ainsi un book-to-bill supérieur à 1, signe que la croissance future est déjà sécurisée, mais sans emballement excessif.
Une lecture différente de celle des marchés mais complémentaire.
Pour les investisseurs, la confirmation des livraisons enlève une incertitude clé. Le risque principal n’était pas tant le niveau exact des livraisons que la capacité d’Airbus à tenir sa parole industrielle après avoir abaissé ses ambitions.
De ce point de vue, 2025 est une réussite. Elle consolide une approche plus prudente, mais plus crédible, sous la direction de Guillaume Faury : moins de promesses, davantage d’ajustements réalistes, et une communication alignée sur l’exécution réelle. C’est aussi ce qui permet aux analystes de continuer à projeter plus de 900 livraisons dès 2026, sous réserve que la chaîne d’approvisionnement continue de se stabiliser.
Conclusion.
Airbus n’a pas signé une année record, il a signé une année propre. Dans une industrie où la moindre défaillance fournisseur peut désorganiser des dizaines de livraisons, tenir un cap révisé avec rigueur vaut aujourd’hui plus qu’une croissance artificielle. La confirmation officielle des 793 livraisons clôt donc un exercice charnière : celui d’un constructeur qui privilégie la crédibilité industrielle à court terme pour préserver sa capacité à monter en cadence à moyen terme. Et c’est précisément ce que le marché, et les compagnies aériennes, attendaient.
Et vous, accordez-vous aujourd’hui plus de valeur à la crédibilité industrielle qu’à la quête de records dans l’aéronautique ?
Julien.




