Airbus s’apprêterait à clore l’exercice 2025 sur 793 avions livrés, selon plusieurs sources concordantes issues de l’industrie et des marchés financiers. Le chiffre, rapporté notamment par Bloomberg et estimé par l’institut spécialisé Cirium, reste à ce stade non confirmé officiellement. Le constructeur européen publiera ses données définitives le 12 janvier et se refuse, pour l’heure, à tout commentaire. Si le nombre exact diffère encore selon les comptages (Cirium évoque 782 livraisons, Bloomberg avance 793), une certitude s’impose : l’objectif industriel révisé d’environ 790 appareils a été atteint, voire légèrement dépassé. Dans une industrie où la crédibilité se mesure à la livraison effective, le symbole est loin d’être anodin.
Un objectif abaissé, mais tenu sous forte contrainte.
Initialement, Airbus visait environ 820 livraisons en 2025. Cet objectif a été revu à la baisse début décembre, après la détection de problèmes de qualité sur des panneaux de fuselage fournis par un sous-traitant, affectant plusieurs dizaines d’appareils de la famille A320, cœur du portefeuille monocouloir du groupe.
Dans ce contexte, la trajectoire de fin d’année a pris des allures de sprint industriel. À fin octobre, Airbus n’avait livré que 585 appareils depuis janvier. En l’espace de deux mois, l’avionneur a donc dû en livrer près de 200 supplémentaires, un rythme particulièrement soutenu compte tenu des tensions persistantes sur la chaîne d’approvisionnement mondiale.
Cette accélération contrôlée illustre une capacité d’absorption des chocs devenue centrale dans l’analyse du dossier Airbus.
Une comparaison historique révélatrice.
À titre de repère, Airbus avait livré :
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766 appareils en 2024,
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863 appareils en 2019, avant la pandémie et la désorganisation durable de la supply chain aéronautique mondiale.
Le chiffre de 2025, s’il reste inférieur au pic pré-Covid, confirme néanmoins un retour progressif vers un régime de croisière industriel élevé, dans un environnement infiniment plus contraint qu’il y a six ans. La performance est d’autant plus notable qu’elle repose moins sur l’expansion brute que sur l’optimisation et l’agilité de l’outil industriel.
Boeing progresse, mais la hiérarchie reste nuancée.
Du côté de Boeing, la remontée en cadence est bien réelle. L’avionneur américain a livré 537 appareils à fin novembre, son meilleur niveau depuis 2018, et pourrait clôturer l’année entre 590 et 610 livraisons, contre seulement 348 en 2024.
En revanche, sur le terrain des commandes nettes, Boeing repasse devant en 2025 avec 908 commandes, contre 722 pour Airbus à fin novembre. Un signal à surveiller, même si la visibilité industrielle à moyen terme demeure largement favorable au constructeur européen, compte tenu de son carnet de commandes et de la dynamique de ses monocouloirs.
Un objectif tenu vaut parfois plus qu’un record.
Pour les marchés, l’enjeu était clair : un objectif manqué aurait lourdement pesé sur le titre. À l’inverse, l’atteinte de la cible révisée a été accueillie favorablement. L’établissement Oddo BHF a confirmé sa recommandation surperformance sur Airbus, avec un objectif de cours maintenu à 236 euros, estimant que le groupe avait rempli son contrat industriel.
L’intermédiaire financier souligne également la possibilité d’une surprise positive sur le flux de trésorerie avant financements clients, attendu autour de 4,5 milliards d’euros pour 2025. À moyen terme, Oddo BHF table sur plus de 900 livraisons dès 2026, avec une estimation à 911 appareils, proche du consensus Visible Alpha.
Au-delà du chiffre, une crédibilité industrielle renforcée.
Sous la direction de Guillaume Faury, Airbus semble avoir consolidé une approche plus pragmatique de la performance industrielle : moins d’annonces spectaculaires, davantage d’ajustements réalistes, et une capacité croissante à absorber les aléas fournisseurs sans rupture majeure.
Dans une industrie où la promesse compte moins que l’exécution, livrer 793 avions (ou simplement tenir un objectif révisé dans un contexte aussi dégradé) vaut parfois davantage qu’un record absolu. C’est cette lecture, plus que le chiffre lui-même, qui éclaire la dynamique actuelle du groupe.
Conclusion.
En attendant la publication officielle du 12 janvier, une chose est acquise : Airbus a traversé 2025 sans rupture industrielle majeure, malgré des contraintes structurelles toujours lourdes. La performance n’est pas spectaculaire, elle est robuste et c’est précisément ce que recherchent aujourd’hui les marchés comme les compagnies clientes. À l’heure où la chaîne d’approvisionnement mondiale reste fragile et où la demande aérienne continue de progresser, cette capacité à tenir le cap pourrait bien constituer l’avantage concurrentiel le plus décisif d’Airbus pour les années à venir.
Et vous, pensiez-vous qu’Airbus parviendrait à tenir le cap malgré les défis structurels de l’industrie du transport aérien ?
Julien.





