Pour la première fois depuis 2018, Boeing a repris l’avantage sur Airbus en matière de commandes d’avions commerciaux. En 2025, l’avionneur américain a enregistré 1 175 commandes brutes (1 173 nettes), contre 1 000 commandes brutes (889 nettes) pour son rival européen. Le symbole est fort. Après six années de crise quasi ininterrompue, Boeing renoue avec une dynamique commerciale qui semblait hors de portée il y a encore deux ans. Mais les symboles ne suffisent jamais : ce retour en tête mérite d’être analysé à l’aune de ce qui compte réellement, à savoir l’exécution industrielle, la structure du carnet de commandes et la soutenabilité du modèle à moyen terme.
Un succès commercial réel, dans un contexte très particulier.
Il serait malhonnête de minimiser la performance commerciale de Boeing en 2025. Après une année 2024 marquée par seulement 569 commandes brutes et 348 livraisons, le bond est spectaculaire. La reprise des livraisons vers la Chine, l’amélioration progressive de la relation avec la FAA et le retour de grands clients américains ont redonné de l’oxygène à l’avionneur.
Ce redressement s’inscrit aussi dans un contexte géopolitique redevenu très interventionniste. L’aéronautique redevient un instrument de négociation commerciale et diplomatique, notamment entre grandes puissances économiques. Sans être l’unique moteur, cet environnement a clairement favorisé Boeing dans certaines campagnes clés.
Airbus reste largement devant sur le terrain industriel.
Face à ces chiffres de commandes, Airbus conserve néanmoins un avantage décisif là où la crédibilité se mesure vraiment : les livraisons. En 2025, le constructeur européen a livré 793 avions, contre 600 pour Boeing. L’écart est significatif, même si Boeing signe son meilleur score depuis 2018.
Surtout, le carnet de commandes global demeure largement favorable à Airbus : 8 754 avions à produire à fin décembre, contre 6 130 pour Boeing. Sur les monocouloirs, cœur du marché mondial, l’avance européenne reste écrasante. Dans une industrie encore marquée par des chaînes d’approvisionnement fragiles, cette visibilité industrielle est un actif stratégique majeur.

Le vrai terrain de jeu : le long-courrier et le cargo.
Là où Boeing marque des points, c’est sur le segment le plus rémunérateur du marché. En 2025, l’avionneur américain a livré 153 long-courriers (787, 777 cargo et 767 cargo), contre 93 pour Airbus. Il conserve également une avance nette sur le carnet de commandes widebody.
Ce positionnement n’est pas anodin. Les long-courriers et le cargo génèrent des marges plus élevées, renforcent les relations avec les grandes compagnies et les États, et structurent la profitabilité de long terme. Boeing n’est donc pas simplement « de retour » : il est de nouveau présent là où se crée la valeur.
2026 : l’année de vérité.
La question n’est désormais plus de savoir si Boeing sait vendre, mais s’il peut livrer durablement, à cadence élevée, sans nouvel accident industriel ou réglementaire. La montée en cadence du 737 MAX, l’objectif de 10 Dreamliner par mois et l’attente de la certification du 777X seront déterminants.
De son côté, Airbus continue d’avancer méthodiquement, avec des objectifs de production ambitieux mais assumés sur les A320, A220 et A350. Tant que Boeing n’aura pas retrouvé une gamme complète et pleinement certifiée, l’avionneur européen conserve un avantage structurel.
Conclusion.
Boeing a regagné en 2025 le droit d’être pris au sérieux sur le plan commercial. Airbus, lui, conserve celui d’être considéré comme la référence industrielle mondiale. Le duel n’est plus déséquilibré comme il l’était il y a trois ans, mais il reste asymétrique. Tant que les livraisons, la fiabilité et la visibilité long terme resteront en faveur d’Airbus, le leadership mondial demeurera européen.
Et vous, pensez-vous que 2026 marquera un véritable basculement, ou seulement une parenthèse dans un rapport de force toujours favorable à Airbus ?
Julien.



