En mars, British Airways revendiquait une première : devenir la première compagnie britannique à proposer du Wi-Fi Starlink gratuit, illimité, accessible sans connexion au programme de fidélité, sur l’ensemble de sa flotte. Trois mois plus tard, le bilan tient sur les doigts d’une main : cinq Boeing 787-8 équipés, et un programme de déploiement mis en pause jusqu’à fin octobre, au minimum.
Un retard qui n’a rien à voir avec la technologie.
L’installation du système Starlink est, sur le papier, l’une des opérations de retrofit les plus rapides de l’industrie. United Airlines évoque une durée moyenne de huit heures par appareil, contre plusieurs jours pour les systèmes de Wi-Fi historiques. Qatar Airways a équipé des dizaines d’avions dans le temps qu’il a fallu à British Airways pour en faire cinq. Le problème n’est donc pas le matériel, ni sa disponibilité, ni la complexité de la pose. Le problème, selon la compagnie elle-même, est qu’elle n’a pas d’avion à immobiliser.

Une flotte sans marge.
British Airways doit équiper plus de 300 appareils avant l’échéance de mars 2028. Au rythme observé depuis mars, elle n’en aurait traité qu’environ 20 % à cette date. La compagnie affirme que le ralentissement était prévu : un calage des opérations Starlink sur les fenêtres de maintenance déjà programmées, pour éviter d’annuler des vols. Mais cette explication dit une chose simple : British Airways ne dispose d’aucune capacité d’immobilisation au sol qui ne soit pas déjà allouée.
Entre les suspensions persistantes vers le Moyen-Orient, les problèmes de fiabilité récurrents des moteurs Rolls-Royce sur sa flotte de 787, les retards de livraison de ses 787-10 commandés, et le report indéfini de la certification du 777X, la marge de manœuvre de la flotte long-courrier s’est réduite année après année, une situation que le retrait anticipé des 747-400 pendant la pandémie n’a fait qu’aggraver.
Le même mécanisme, à une autre échelle.
C’est, à l’échelle d’une seule compagnie, la tragédie que l’industrie traverse dans son ensemble : une flotte trop tendue ne peut plus se permettre d’investir dans l’amélioration de l’expérience, même quand l’investissement est déjà budgété, le matériel déjà acheté, et l’installation déjà la plus rapide du marché.
Même Virgin Atlantic, qui a fini la première, en est au même point.
Virgin a déjà équipé l’intégralité de sa flotte de douze A350-1000 : un sans-faute, loin devant British Airways. Et pourtant, la compagnie a elle aussi mis en pause son programme pour l’été, cette fois sur sa flotte de 787 Dreamliner. Le détail compte : ce n’est pas que Virgin ait pris du retard comme British Airways. C’est qu’avoir fini une flotte ne libère aucune marge pour s’attaquer à la suivante. La contrainte n’est donc pas propre à une compagnie ou à un retard ponctuel mais est propre au calendrier de toute flotte long-courrier en 2026 : il n’y a plus d’heure disponible au sol, pour personne.
Et vous, la prochaine fois que votre vol n’aura toujours pas le Wi-Fi promis, penserez-vous au système, ou au planning ?
Julien.

