Encore récemment, Karima Delli, Députée européenne Europe Écologie Les Verts et Présidente de la commission Transports du Parlement Européen, s’insurgeait contre l’industrie du transport aérien, jugeant cette dernière sous-taxée et militant pour l’introduction de la taxe kérosène. Pourtant, l’Association Internationale du Transport Aérien rappelait le mois dernier, lors des précédentes recommandations liées à la compétitivité du pavillon aérien français, la nécessité d’adopter de nouvelles réglementations intelligentes, en favorisant plutôt la compensation que la taxation afin de contrer les émissions de CO2 de l’aviation.

La question environnementale est incontestablement l’un des enjeux principaux de l’Assemblée Générale Annuelle (AGM) de IATA organisée cette année à Séoul. Ainsi, les compagnies aériennes membres de cette dernière se sont montrées fermes – une fois de plus – quant à leurs engagements en la matière. Alexandre de Juniac, l’actuel Président-directeur général de l’association, a quant à lui dénoncé l’attitude des États qui vise à imposer de nouvelles taxes « punitives » plutôt que chercher un moyen efficace de développer des énergies qui viendraient en complément ou en substitution du combustible fossile.

Crédit : IATA

Depuis plusieurs mois, notamment en Europe, on assiste à une véritable levée de bouclier contre l’industrie du transport aérien accusée de ne pas tenir compte des enjeux mondiaux en matière de climat. Différents mouvements sont nés, à l’instar des Flying Shame en Suède ou des multiples pétitions Flight Free 2019 ou 2020, fortement relayés par les médias qui offrent, à ce titre, une injuste publicité.

En effet, il faut savoir que le transport aérien ne représente que 2% des émissions mondiales (et 12% pour le secteur des transports au global). Par ailleurs, l’ensemble de l’industrie (constructeurs, compagnies aériennes, …) s’est engagée dans un processus au long cours de réduction de ces émissions avec, par exemple, l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et énergétique des avions de dernière génération (avec une réduction des émissions de CO2 pouvant aller jusqu’à 20%). À noter que la consommation de carburant par passager a diminué de moitié depuis les années 1990.

En 2019, selon l’Association Internationale du Transport Aérien, les émissions de CO2 devraient représenter 927 millions de tonnes, ce qui correspond certes à une hausse de 2% mais inférieure à celle du trafic, évaluée quant à elle à 5%.

IATA demeure convaincue que les nouvelles technologies, les différentes mesures opérationnelles et de meilleures infrastructures apporteront des solutions à long terme pour assurer la croissance durable de la l’industrie aéronautique.

Réunies à Séoul pour l’AGM, les compagnies aériennes ont ainsi réaffirmé leur engagement pris en 2009 :

  • neutraliser les émissions de CO2 à l’horizon 2020
  • réduire progressivement les émissions de CO2 à l’horizon 2035
  • réduire de moitié les émissions de CO2 à l’horizon 2050

par rapport à 2005.

CORSIA est le nom de ce système de compensation des émissions de CO2, financé à partir de 2020 par les compagnies aériennes pour arriver à neutraliser ces émissions.

Dans ce même laps de temps, le nombre de voyageurs aura été multiplié par 8 (passant de 2  milliards en 2005 à près de 16  milliards en 2050), tandis que le nombre d’appareils en service aura été multiplié par 2 (a minima) par rapport à celui d’aujourd’hui.

Mais l’industrie du transport aérien ne peut pas être la seule à faire des efforts. Pour IATA, les États doivent également apporter leur pierre à l’édifice.

« Les gouvernements doivent également agir. Ils devraient élaborer des politiques de soutien pour revigorer l’industrie des carburants durables. Mais un trop grand nombre d’entre eux se concentrent plutôt sur des taxes environnementales punitives. C’est de l’hypocrisie climatique. Mettre de l’argent dans les caisses de l’État ne contribue en rien à réduire les émissions de carbone. Et ça sape Corsia. » – Alexandre de Juniac, Président-directeur général de IATA

Ainsi, de nouvelles technologies à faibles émissions de carbone sont nécessaires pour contribuer à la réalisation des objectifs de réduction des émissions de l’industrie. Afin de les mettre en œuvre, un soutien de tous les acteurs de l’aviation, y compris des gouvernements, est donc nécessaire.

De nouvelles taxes, et notamment celle surnommée « taxe kérosène », ne viendraient que renforcer les multiples ponctions déjà existantes dans l’industrie du transport aérien (et qui impactent la compétitivité du secteur). Par ailleurs, cet argent récolté qui termine inévitablement dans les caisses des États ne vient pas contribuer ni au développement ni à la recherche de ces énergies et technologies alternatives.

Conclusion.

Outre les investissements colossaux des compagnies aériennes afin d’acquérir des appareils de dernière génération (moins gourmands en carburant et moins polluants), le système de compensation CORSIA, financé par elles, permettra de réduire de moitié les émissions de CO2 à l’horizon 2050. C’est un engagement fort acté depuis 2009.

Les différents mouvements nés en Europe qui visent à pointer du doigt l’industrie du transport aérien dont la presse a largement fait écho ces derniers mois demeurent injustes voir infondés. En effet, le transport aérien ne représente que 2% des émissions mondiales de CO2 et l’industrie est en marche pour rendre le ciel plus propre.

Alexandre de Juniac, à la tête de IATA, a à juste titre souligné l’hypocrisie des États qui manquent de clairvoyance en ajoutant une taxe punitive supplémentaire. En France, faire abstraction de la taxe kérosène et réutiliser l’argent récolté par la taxe Chirac pour développer de nouvelles technologies et énergies alternatives serait incontestablement un signal fort de bonne volonté ! 😉

Tyler.

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