Le 15 juin 2026, le Conseil de l’UE et le Parlement européen ont finalisé un accord sur la réforme du règlement EU261, le texte qui encadre les droits des passagers aériens en cas de retard ou d’annulation. L’accord entrera en vigueur en 2027. Il y a un an, tout laissait penser que cette réforme serait une victoire pour les compagnies aériennes : montants de compensation réduits, seuils de déclenchement relevés, droits amputés. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Non seulement les montants restent inchangés, mais les droits des passagers ont été renforcés sur plusieurs points. C’est, mot pour mot, l’inverse de ce qu’IATA demandait encore à Rio quelques jours plus tôt.
Ce qui change et ce qui ne change pas.
Les montants de compensation restent les suivants : 250 euros pour les vols de moins de 1 500 km avec un retard d’au moins deux heures, 400 euros entre 1 500 et 3 500 km avec trois heures de retard, et 300 ou 600 euros au-delà de 3 500 km selon que le retard atteint trois ou quatre heures.
En revanche, trois nouvelles obligations s’ajoutent pour les compagnies. Elles devront envoyer un lien vers le formulaire de réclamation dans les 96 heures suivant l’heure d’arrivée prévue du vol. En cas de refus d’indemnisation, elles devront préciser les circonstances extraordinaires invoquées. Et une fois la réclamation soumise, elles auront 30 jours pour payer ou motiver leur refus. En cas de réacheminement, une alternative devra être proposée dans les trois heures.
La position d’IATA, exprimée de nouveau à Rio.
Lors de la table ronde avec les médias européens à l’AGM de Rio, Willie Walsh avait été particulièrement direct sur EU261, l’un des rares sujets où il a semblé franchement irrité. Sa critique centrale : la réglementation a été construite sur des anecdotes, jamais sur des données, et l’UE n’a à ce jour aucune idée du nombre réel de passagers refusés à l’embarquement.
« La Commission européenne n’a aucune idée du nombre de passagers refusés à l’embarquement. Aucune donnée. Jamais. Les décisions de 2004 ont été prises sur la base d’anecdotes. Montrez-moi les données. La réponse est : il n’y en a pas. » — Willie Walsh
Il avait aussi mis en évidence ce qu’il appelait l’effet pervers du système actuel : la structure de compensation crée une incitation pour les compagnies à annuler des vols plutôt qu’à tenter de les opérer avec du retard, puisque les pénalités sont les mêmes dans les deux cas.
« Vous vous retrouvez dans une situation où la compagnie se dit : autant annuler le vol. C’est plus simple opérationnellement, et je paie la même compensation. Au lieu de chercher à faire partir le vol, c’est absurde. C’est pervers. » — Willie Walsh
Sur le coût global, il avait chiffré la facture à 8 milliards d’euros, intégralement répercutés sur les passagers selon lui, puisque l’industrie ne peut pas les absorber.
« Ces 8 milliards sont transférés aux consommateurs. L’industrie ne peut pas absorber 8 milliards de coûts supplémentaires. Peu importe d’où vient le coût, in fine, c’est le passager qui paie. » — Willie Walsh
Le doublement du coût, et la question de qui paie.
L’Association européenne des compagnies aériennes régionales estime que les nouvelles obligations, notamment celle d’informer activement les passagers de leurs droits, pourraient faire passer le coût annuel du régime de 8,1 milliards à plus de 15 milliards d’euros.
L’argument mérite d’être entendu : une grande partie des passagers ignorent aujourd’hui qu’ils ont droit à une indemnisation, et ne la demandent donc jamais. Obliger les compagnies à leur envoyer un lien de réclamation dans les 96 heures revient à rendre le droit effectif pour ceux qui ne le connaissent pas. Walsh avait d’ailleurs lui-même pressenti cette logique :
« J’aurais aimé que l’on reparte de zéro : quel est le problème qu’on essaie de résoudre ? Et comment le résoudre ? Mais ce n’est pas ce qui va se passer. » — Willie Walsh
Ce n’est pas ce qui s’est passé, en effet. Mais dans un sens différent de celui qu’il anticipait.
Et vous, la prochaine fois que votre vol sera annulé ou significativement retardé, saurez-vous que vous avez 96 heures pour recevoir le lien vers votre formulaire de réclamation ?
Julien.


