« Il y a des colères qui sont saines » : je me souviendrai toujours de cette phrase prononcée par Ségolène Royal, dont je ne partage pourtant pas ni les idées, en 2007 lors du débat de l’entre deux-tours des élections présidentielles. Invité au micro de la radio RTL, Laurent Magnin a évoqué le sort qui serait réservé à  sa compagnie aérienne, XL Airways, si elle se trouvait dans l’incapacité de trouver un ou des repreneur(s) avant vendredi prochain. Entre émotions et coup de gueule de rigueur, le Président-directeur général d’XL, connu pour ne jamais mâcher ses mots, est revenu sur ce qui a conduit la compagnie low cost à connaître cette terrible situation.

Fin de partie ?

Après Aigle Azur il y a tout juste un mois, c’est malheureusement au tour d’XL Airways de traverser une situation de crise sans précédent. Déclarée en cessation de paiement depuis vendredi, la compagnie aérienne low cost long-courriers doit désormais se mettre sous la protection du tribunal de commerce de Bobigny. Avec cette procédure de redressement judiciaire, la compagnie aérienne s’assure du versement des salaires à ses employés mais également de permettre à d’éventuels repreneurs de se faire connaître. À noter toutefois qu’XL Airways est à la recherche de nouveaux investisseurs depuis plus d’un an maintenant, sans succès. On se souvient de l’arrêt des discussions avec le groupe Air France – KLM avec le départ soudain de son ancien Président-directeur général, Jean-Marc Janaillac.

Alors vendredi matin, au micro de la radio RTL, Laurent Magnin a la casquette des mauvais jours. Sur cet atypique couvre-chef pour un PDG, seul le logo d’XL Airways est brodé, comme pour montrer que La Compagnie, elle, va bien.

Pour mémoire, depuis le 1er décembre 2016La Compagnie et XL Airways se sont officiellement rapprochées. Dreamjet Participations, la holding de La Compagnie a acquis XL Airways et détient désormais l’intégralité des actions des deux entités : La Compagnie Boutique Airline et XL Airways. Depuis ce rapprochement fin 2016, c’est Laurent Magnin qui est à la tête des deux compagnies aériennes. D’une situation économique compliquée pour cette spécialiste du transatlantique « tout Business », elle aurait très récemment, enfin, atteint l’équilibre. Permettant à cette dernière de maintenir la tête hors de l’eau.

Ainsi, si La Compagnie semble bien se porter, XL Airways pourrait potentiellement subir le même sort qu’Aigle Azur dans quelques jours. Laurent Magnin a tenu tout d’abord tenu à rappeler au micro de la radio RTL que l’ensemble des effectifs humains de la compagnie aérienne était mobilisé depuis années pour résister face à la concurrence. Aucun jour de grève enregistré, aucune augmentation de salaire concédée, … s’il n’est pas possible d’en dire autant pour Aigle Azur, XL Airways a toujours été bien gérée, par son Président-directeur général tout d’abord, mais également par une forte conscience de l’environnement concurrentiel qu’ont ses employés.

« Le premier état d’esprit c’est qu’hier on s’est réuni avec une grande partie du personnel et que c’est la misère ; parce que ont trahi nos clients. C’est une trahison. C’est à dire que l’on va être dans quelques jours dans une situation où on ne les transportera peut-être pas si on est pas repris. Faut savoir que c’est une compagnie extrêmement méritante. On a transporté 30 millions de nos concitoyens en toute sécurité depuis 1995, on a été pendant des années la compagnie la moins chère de France, c’est prouvé, tout le monde le dit, tous les voyagistes le disent, nos concitoyens le disent, les antillais le disent, les réunionnais le disent … on l’a fait sans les trahir et le plus terrible c’est qu’on l’a fait en gagnant de l’argent et en ayant quasiment pas d’actionnaire pendant 10 ans. C’est la seule compagnie française qui n’a pas fait grève depuis 15 ans, sous ma présidence. Jamais. Pas une minute de grève. C’est la seule compagnie aérienne française où les salariés n’ont pas été augmentés pendant 8 ans. Pour tenir. Pour résister face à la concurrence. C’est peut-être mon immense fierté. C’est d’abord eux. On a pleuré ensemble hier, pas uniquement encore une fois sur le fait de perdre potentiellement notre boulot dans 4 jours mais sur le fait de trahir des milliers de nos concitoyens. C’est une trahison de tomber. C’est toujours une trahison. On vit avec nos clients. Donc c’est pour nous le passage le plus dur. »

Mais Laurent Magnin a également souhaité revenir sur les raisons qui, selon lui, on précipité la chute d’XL Airways et, en règle général, la mauvaise santé du pavillon aérien tricolore. La concurrence de Norwegian, en point d’orgue de son analyse, et plus globalement la concurrence déloyale du transport aérien mondial sont pointé du doigt : les salariés du transport aérien français ne sont pas protégés et les compagnies ne peuvent pas faire face à des règles (sociales) du jeu différentes.

« La première des choses, c’est qu’on est dans une situation concurrentielle insoutenable pour une partie du pavillon français. Je mets au défi l’État de ne pas nous dire la vérité sur la situation des compagnies aériennes française. Il connait la situation des compagnies françaises. La situation des compagnies française est majoritairement déficitaire. Une grande majorité d’entre nous. Des compagnies qui se battent : Air Austral, Corsair, XL Airways et d’autres … quand on regarde Air France qui a les plus mauvais des trois (grande, ndlr) compagnies européennes. On l’a dit au gouvernement (…) Il n’y avait pas d’écoute de la problématique structurelle de coûts qui ne nous appartient pas, des charges sociales qui sont hors normes par rapport au reste du monde. Et je rappelle une chose : quand vous fabriquez des voitures en Corée et qu’elles arrivent en Europe, il y a un tampon avec marqué +15% pour protéger les mecs de Volkswagen, Renault et Peugeot. Les salariés de l’aérien français ne sont protégés par aucune règle de l’OMC ou de qui que ce soit. Ce n’est plus un patron qui vous parle, c’est un syndicaliste de l’aérien qui sait que les 100 000 salariés de l’aérien français et bien évidemment ceux d’Air France sont exposés à une concurrence internationale débridée. J’ai honte pour une Europe dont la compagnie la plus rentable s’appelle Ryanair et qui annonce que pendant 19 ans elle n’a pas eu de syndicat. On peut retourner à Zola aussi si on veut. On s’est battu sur tout ça. On est un pays de droit social. On est chamboulé par des gens qui ne les respecte pas. On est chamboulé par une compagnie qui s’appelle Norwegian dont le peuple a dit deux fois non à l’Europe. Deux fois non pour préserver ses zones de pêche et son pétrole et qui nous envoie sa compagnie et à qui l’Europe donne tous les droits, égaux, aux compagnies des travailleurs européens. C’est inacceptable. Et cette compagnie est aux trois quart en faillite. Et cette compagnie a altéré et abîmé une grande partie des compagnies aériennes. »

Quelle est la prochaine étape pour XL Airways ? Une première audience se tiendra dès lundi 23 septembre (après-midi) au Tribunal de commerce de Bobigny, à laquelle les syndicats et les salariés comptent être présents.

Ensuite, les éventuels repreneurs disposeront d’un délai de 5 jours, jusqu’au vendredi 27 septembre, pour se prononcer. En effet, la trésorerie d’XL Airways ne permettra pas d’assurer les vols après le jeudi 26 septembre au soir.

Pour les voyageurs, un site internet dédié a été mis en place par la compagnie aérienne afin de suivre en direct l’état des vols. En effet, à partir de lundi 23 septembre 2019 au matin, le maintien de tous les vols n’est plus assuré par XL Airways.

Conclusion.

Une fois de plus, Laurent Magnin monte au créneau pour défendre non seulement XL Airways mais aussi et surtout le pavillon aérien français.

Jusqu’en 2016, la compagnie aérienne low cost long-courriers gagnait de l’argent. La gestion saine (aucune ouverture de ligne irréfléchie, une flotte modeste, une stricte maitrise des coûts, …) d’XL Airways (à la différence d’autres) rend la situation encore plus injuste pour cette compagnie, accessible aux bourses les plus fragiles.

La semaine prochaine sera décisive.

Tyler.

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