Depuis sa création en 2023, Riyadh Air avait tout d’une compagnie aérienne : un nom, une livrée, des cabines dévoilées, une commande massive de Boeing 787-9, et même des vols réguliers vers Londres. Ce qu’elle n’avait pas encore, c’était ses propres avions. Ce matin du 5 juin 2026, le manque est comblé. Deux 787-9 flambant neufs atterrissent à Riyad à quelques minutes d’intervalle, l’un en provenance de Charleston, l’autre d’Everett, après avoir convergé au-dessus de l’Europe pour rejoindre la capitale saoudienne ensemble. Un geste presque chorégraphié, cohérent avec la communication très maîtrisée que Riyadh Air cultive depuis le premier jour. La compagnie existe sur le papier depuis trois ans mais elle commence enfin à exister dans les airs.
Une compagnie qui volait, mais pas pour vous.
Le paradoxe de Riyadh Air mérite d’être expliqué. La compagnie opère une liaison quotidienne entre Riyad et Londres Heathrow depuis octobre 2025, soit depuis plus de sept mois. Ces vols ont pourtant été quasi invisibles pour le grand public. La raison est simple et révélatrice : Riyadh Air avait obtenu des créneaux horaires à Heathrow, l’un des aéroports les plus disputés au monde, et ces créneaux sont soumis à une règle stricte : ne pas les utiliser, c’est les perdre.
Faute de ses propres appareils livrés à temps, la compagnie a opéré ces rotations avec un 787-9 de transition, un ancien appareil d’Oman Air aux intérieurs d’une autre époque, et a délibérément choisi de ne pas ouvrir ces vols à la vente publique. Les sièges étaient réservés aux collaborateurs du Fonds Public d’Investissement saoudien, l’actionnaire de référence. Mieux vaut voler vide que commercialiser un produit qui ne correspond pas à ce qu’on a promis.
Cette décision dit toutefois quelque chose d’important sur la stratégie de Riyadh Air. Dans un secteur où les lancements précipités sont légion, la compagnie a préféré protéger ses slots sans compromettre son image. C’est une forme de discipline de marque rare pour une compagnie aussi jeune.
مشهد يختصر معنى الفخر والطموح، رسمته الصقور السعودية وطائرتانا الجديدتان في لوحة جسدت أمجاد الوطن وعلوّ طموحه 🇸🇦✈️ pic.twitter.com/jguOGlWfq9
— Riyadh Air | طيران الرياض (@RiyadhAir) June 5, 2026
Le 1er juillet, date de naissance officielle.
Avec ces deux premières livraisons, la logique change. Les billets sur la liaison Riyad–Londres sont désormais en vente pour le grand public à partir du 1er juillet 2026 et ce sera, à tous égards, la vraie naissance commerciale de la compagnie. Le réseau devrait s’étoffer rapidement : Riyadh Air a commandé jusqu’à 72 Boeing 787-9, auxquels s’ajoutent des commandes pour jusqu’à 60 Airbus A321neo et 50 Airbus A350-1000. La cadence de livraison s’accélère, les appareils sont en file. Pour ceux qui souhaitent découvrir les cabines, l’attente touche à sa fin.
عز وفخر 🇸🇦
هيبة المشهد اكتملت بتحليق صقور الوطن إلى جانب طائراتنا في سماء المجد ✈️@saudihawks
pic.twitter.com/Vb46gMIfwF— Riyadh Air | طيران الرياض (@RiyadhAir) June 5, 2026
Quid du ciel moyen-oriental avec ce lancement ?
Riyadh Air entre en scène dans un contexte géopolitique régional tendu, ce qui rend son lancement d’autant plus symbolique pour l’Arabie Saoudite. Riyad n’est pas Dubaï, ni Doha, la ville ne dispose pas encore du même écosystème touristique ni de la même infrastructure aéroportuaire. Le nouvel aéroport King Salman, destiné à devenir le hub de la compagnie, est encore en construction. Riyadh Air démarre donc dans une configuration provisoire, avec l’ambition de monter en puissance à mesure que la ville elle-même se transforme dans le cadre de Vision 2030.
Conclusion.
Emirates, Qatar Airways et Etihad ont des décennies d’avance sur le terrain de l’expérience passager et de la profondeur réseau. Mais elles ont toutes commencé quelque part. Ce qui distingue Riyadh Air, c’est la séquence : trois ans de préparation silencieuse, des cabines pensées avant les routes, une discipline de lancement qu’on voit rarement à ce stade. La vraie épreuve commence maintenant : non pas celle du décollage, mais celle de la régularité.
Et vous, seriez-vous prêt à essayer Riyadh Air sur Londres dès le 1er juillet, ou attendez-vous de voir comment le produit se confirme en vol ?
Julien.

