Que l’on s’entendent bien. Le Sultanat de Brunei n’est pas le seul pays à travers le monde à disposer de lois archaïques et rétrogrades vis à vis de la population LGBT. Mais si ces lois existent encore dans de nombreux pays, elles sont souvent le fruit d’un héritage juridique (dé)passé, et ne sont plus véritablement appliquées – comme c’est le cas aux Émirats Arabes Unis, par exemple.

Ici, la situation est différente.

Le Sultanat de Brunei est un petit État d’Asie du Sud-Est, situé sur l’île de Bornéo, et divisé en deux parties par la Malaisie.

Depuis 1967, un homme est à la tête de cet État : le Sultan Hassan al Bolkiah Muizzadin Waddaulah. Il y règne en monarque absolu depuis l’indépendance de Brunei du Royaume-Uni en 1984. Connu notamment pour sa fortune personnelle colossale, il est le second chef d’État le plus riche au monde, après le Roi Rama X de Thaïlande, et devançant le Prince Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, d’Arabie Saoudite. Celle-ci est estimée à 20 milliards de dollars.

Crédit : AFP

Investissements du Sultanat.

Si le Sultanat de Brunei est riche en pétrole, il l’est aussi par ses investissements.

Ainsi, par exemple, l’État détient la compagnie aérienne nationale, publique. Fondée en 1974, elle appartient en totalité au gouvernement du Sultanat.

Avec une flotte composée de 16 appareils, Royal Brunei qui possède 5 Boeing 787-8 flambants neufs, desserts 21 destinations (dont une seule en Europe, avec Londres).

Mais la pépite du Sultan demeure l’immobilier. En effet, l’Agence d’Investissements de Brunei (BIA) détient le groupe hôtelier Dorchester Collection.

Celui-ci est composé de 9 propriétés exclusives et résolument sublimes.

  • The Dorchester à Londres
  • 45 Park Lane à Londres
  • Coworth Park à Ascot
  • Le Meurice à Paris
  • Le Plaza Athénée à Paris
  • Hotel Principe di Savoia à Milan
  • Hotel Eden à Rome
  • The Beverly Hills Hotel à Los Angeles
  • Hotel Bel-Air à Los Angeles

Par ailleurs, le groupe prévoit d’ouvrir un nouvel hôtel à Dubaï en 2020.

La nouvelle loi.

Hassan, qui assume aussi (et en toute logique, il va sans dire …) le rôle de Premier Ministre, a également fait parler de lui ces derniers jours lors de l’entrée en vigueur de la loi durcissant la charia au Sultanat du Brunei.

Ainsi, à compter du 3 avril 2019, une nouvelle loi basée sur donc les principes de la charia, punira de mort par lapidation les relations homosexuelles (ainsi que l’adultère) et sera appliquée aux personnes jugées « coupables » d’entretenir ces relations.

« Toute personne reconnue coupable d’avoir eu des rapports homosexuels ou adultérins encourra la peine de mort par lapidation ».

Il est également précisé que la punition sera mise en oeuvre par « par un groupe de musulmans ».

Autant dire que le spectre est différent.

Un monde sépare le fait d’hériter de lois rétrogrades, de ne plus les appliquer en 2019 et le fait d’instaurer, toujours en 2019, de nouvelles lois abjectes restreignant toujours un peu plus le droit humain essentiel de vivre librement sa vie telle qu’on l’entend.

Appel au boycott.

Mais cette loi n’est pas nouvelle.

Elle avait été annoncée en 2014. Cependant, son entrée en vigueur avait été différée jusqu’à maintenant.

À cette époque, elle avait déjà suscité l’indignation. Mais comme toutes les luttes, celle-ci est finalement tombée en désuétude entre son annonce et son entrée en vigueur prochaine.

Cependant, c’était sans compter sur l’acteur américain George Clooney qui, dans une lettre adressée à Deadline, alerte l’opinion publique au sujet du durcissement de la charia à Brunei. Il exhorte ainsi les voyageurs à ne pas se rendre dans les luxueux hôtels du groupe Dorchester Collection, appartenant au Sultanat.

Le texte de George Clooney. 

« Le Brunei n’est pas un pays important. Sa population est inférieure à 500 000 habitants, assez petite par rapport à la plupart de ses voisins comme les Philippines, la Malaisie, ou encore l’Indonésie. Mais le Brunei a du pétrole. Cette année, il a été classé 5e pays le plus riche par le magazine « Forbes ». Tant mieux pour eux.

Bien sûr, ils n’ont pas eu d’élections depuis 1962 et ont adopté la version la plus extrême de la charia, donc non, pas tant mieux pour eux.

À la tête de tout cela se trouve le Sultan de Brunei, l’un des hommes les plus riches du monde. Le grand Kahuna.

Il est propriétaire de l’agence d’investissement de Brunei, qui possède des hôtels assez spectaculaires. Il y a quelques années, deux de ces hôtels à Los Angeles, le Bel-Air et le Beverly Hills Hotel, ont été boycottés par beaucoup d’entre nous pour le traitement réservé par Brunei à la communauté gay.

C’était efficace jusqu’à un certain point.

Nous avons annulé une grande collecte de fonds pour la maison de retraite Motion Picture que nous organisions depuis des années au Beverly Hills Hotel. De nombreuses personnes et entreprises ont fait de même.

Mais, comme toutes les bonnes intentions, lorsque la chaleur blanche de l’indignation passe aux cent autres raisons de s’indigner, l’attention se dissipe et ces derniers retournent peu à peu aux affaires.

Et l’Agence d’investissement de Brunei compte sur cela. Ils possèdent neuf des hôtels les plus exclusifs au monde.

Divulgation complète : j’ai séjourné chez plusieurs d’entre eux, quelques uns récemment, car je n’avais pas fait mes recherches et je ne savais pas à qui ils appartenaient. Ce sont de bons hôtels. Les personnes qui y travaillent sont gentilles, serviables et ne sont pas des actionnaires.

Mais soyons clairs : chaque fois que nous restons ou organisons des réunions ou dînons dans l’un de ces neuf hôtels, nous mettons de l’argent directement dans les poches de ces hommes qui choisissent de marteler et de tuer à mort leurs propres citoyens pour avoir été gays ou accusés d’adultère.

Le Brunei est une monarchie et tout boycott aurait certainement peu d’effet sur la modification de ces lois.

Mais allons-nous vraiment aider à payer pour ces violations des droits de l’homme ? Allons-nous vraiment aider à financer le meurtre de citoyens innocents ? Au fil des ans, j’ai appris que vous ne pouviez pas leur faire honte. Mais vous pouvez faire honte aux banques, aux financiers et aux institutions qui traitent avec elles et choisissent de regarder ailleurs.

J’ai énuméré ci-dessous les neuf hôtels. C’est à chacun d’entre nous d’établir ce que nous voulons faire. »

Une position claire.

Depuis ce texte, les commentaires de soutien à l’acteur (majoritairement) et les moqueries (dérisoires) fusent sur les réseaux sociaux.

Mais l’important n’est-il pas que l’on en parle ?

Conclusion.

À titre infiniment personnel, cette nouvelle loi qui vient punir de mort une frange de la population pour son orientation sexuelle ou pour le fait d’avoir des relations extra-conjugales (hors mariage), m’indigne. Plus qu’une position politique de ma part, c’est un sentiment de colère qui m’anime : « il y a des colères qui sont parfaitement saines », dit-on.

Le boycott est-il la bonne solution ? Je ne suis pas certain qu’il existe de remèdes miracles à l’ignominie humaine. Néanmoins, cette prise de conscience est peut-être une bonne alternative pour montrer sa désapprobation.

Potentiellement tout le monde est concernée par cette loi, y compris le voyageur lambda qui se rend au Brunei et qui entretiendrait des relations jugées localement intolérables.

Une chose est sure : pour un pays qui argue en devise nationale le fait de « Toujours faire le bien sous la conduite de Dieu« , la conformité des paroles avec les actes est à des années lumières du concept même de cohérence !

Tyler.

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