Après des semaines de semblant de doutes, tant la rumeur grandissait ces dernières temps, Air France a officiellement annoncé avant-hier le retrait de l’Airbus A380 de sa flotte. Achevé en 2022, la compagnie aérienne tricolore se sera ainsi séparé d’un appareil mythique, imaginé et conçu par l’avionneur européen pour répondre aux problèmes d’engorgement des plateformes aéroportuaires mondiales. Mais ce retrait définitif pose un autre problème : celui de la Première classe chez Air France. Ce produit d’excellence sera t-il l’un des dommages collatéral de l’arrêt des opérations de l’A380 ?

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

État des lieux.

Chez Air France, le produit La Première – qui tire incontestablement son épingle du jeu en matière de récompenses (Skytrax, The Travelers Club, …) – est au coeur de la stratégie de la compagnie aérienne. C’est le transfuge d’Air Canada, Oltion Carkaxhija, le vice-Président corporate planning d’Air France, qui en est le gardien.

Jusqu’en 2022, soit encore pendant plus de 3 ans, deux (nous pouvons même aller jusqu’à dire trois) produits La Première cohabiteront. D’une part, il y a les nouvelles suites de Première classe, à bord des Boeing 777-300ER, et d’autre part, le(s) siège(s) antique(s) qui équipent les Airbus A380.

Ainsi, à bord du super jumbo de l’avionneur européen, on retrouve deux versions du siège La Première qui, rappelons le, fête ses 15 ans d’existence. Un brin suranné, vous en conviendrez.

La bien nommée « P beige ».

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

La bien heureuse « P grise ».

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En revanche, à bord des Boeing 777-300ER, Air France a fait le choix d’installer sa nouvelle suite La Première, fruit d’une collaboration avec l’ex-équipementier B/E Aerospace et son fameux siège Oasis.

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Le différentiel de confort est notable entre les deux appareils. En revanche, un passager qui s’acquitte du prix La Première est en droit d’attendre un niveau d’accueil similaire, que ce soit à bord de l’Airbus A380 ou du Boeing 777-300ER de la compagnie aérienne.

Vers un produit anecdotique ?

Actuellement, la cabine La Première est disponible sur :

  • 10 Airbus A380
  • 19 Boeing 777-300ER

Les Airbus A380 offrent 9 sièges par avion, soit un total de 90 sièges. Les Boeing 777-300ER permettent d’accueillir jusqu’à 4 passagers par avion, soit un total de 76 sièges.

En tout, l’offre de Première classe d’Air France a une capacité d’accueil de 166 clients.

Le nouveau produit La Première ne correspond qu’à 45,7% de l’offre disponible. C’est faible, d’autant plus qu’avec la sortie des Airbus A380 de la flotte, la Première classe ne sera disponible qu’à raison de 76 sièges. Cette perte rendra mécaniquement impossible la rentabilité du produit La Première d’Air France.

Avec un déploiement quasi-impossible de cette classe de voyage sur les éventuels futurs Airbus A330neo ou A350, La Première deviendrait alors un produit anecdotique.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

Des solutions ?

Bien entendu, il existe des solutions.

Air France pourrait faire le choix de se contenter de 76 sièges pour son produit La Première. Néanmoins, cette solution la conduirait à ne privilégier que les destinations où il existe une véritable demande (payante) pour la First. Elles sont peu nombreuses. On peut cependant citer New York, Los Angeles, Tokyo – Narita, Hong Kong et plus généralement la Chine.

La compagnie aérienne pourrait, au contraire, avoir un raisonnement totalement différent. Elle prendra alors la décision de retirer définitivement son offre La Première du marché. Après tout, d’autres l’ont fait. Elle procèderai ainsi à la réimplantation de 2 rangées de sièges Business à la place de la superbe cabine de Première classe. Précautionneuse, Air France avait par ailleurs veillé à ce que les nouvelles suites La Première correspondent à deux rangs de Business, juste au cas où.

Autrement, Air France pourrait décider de développer son offre La Première. L’idée pourrait être, par exemple, d’ajouter un rang First (soit 8 sièges au total) et de concentrer le déploiement de l’offre vers des lignes à fortes demandes (évoquées ci-dessus). La capacité d’accueil serait ainsi portée à 152 sièges ; sensiblement identique à ce qui est aujourd’hui possible.

Enfin, et c’est une solution également envisageable, la compagnie tricolore pourrait déployer son meilleur produit sur les Airbus A350-1000 qu’elle pourrait commander. Néanmoins, soit le siège serait différent, soit Air France serait contrainte de proposer une configuration en 1 – 1 – 1, compte tenu notamment du fuselage plus étroit de l’appareil.

Le choix n’est pas simple !

Conclusion.

La vraie question qu’il faut se poser n’est autre que celle de la rentabilité de La Première. Permet-elle à Air France de gagner de l’argent ?

La réponse est non, notamment en raison de la faible occupation (exception faite des routes très demandées) et des tarifs remisés vendus en contrats corporate.

Malgré des économies réalisées sur l’offre globale, contrairement à ce que l’on veut bien nous faire croire, le produit demeure un centre de perte pour la compagnie aérienne.

Il semblerait que tous, au sein de la nouvelle direction, ne comprennent pas pourquoi Air France se satisfait d’une perte substantielle d’argent sur ce produit depuis tant d’années.

Après tout, les nouveaux venus ne sont-ils pas là pour faire gagner de l’argent à l’entreprise ?

La Première est un superbe produit qui doit, selon nous, continuer d’exister.

À Air France désormais de trouver les solutions pour ne pas entacher le produit tout en le rendant rentable ! 😉

Tyler.

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