En août 2019, au surlendemain de l’annonce officielle du retrait des Airbus A380 d’Air France, nous vous dressions un premier portrait du produit La Première de demain. Si la fin de carrière du super jumbo de l’avionneur européen était initialement programmée pour l’an prochain, Air France a fait le choix d’anticiper leur retrait en conséquence de la crise provoquée par la pandémie de coronavirus. Ainsi, du fait du départ précipité de l’Airbus A380, l’offre en sièges du produit de Première classe d’Air France a été considérablement amputée plus tôt que prévu. L’occasion pour la compagnie aérienne tricolore de se poser, encore une fois, la question du maintien de son offre La Première.

Crédit : The Travelers Club

État des lieux.

Jusqu’au retrait du super jumbo de l’avionneur européen, la cabine La Première était disponible sur :

  • 10 Airbus A380
  • 19 Boeing 777-300ER

Les Airbus A380 offraient 9 sièges par appareil, soit un total de 90 sièges. Les Boeing 777-300ER permettent, quant à eux, d’accueillir jusqu’à 4 passagers par avion, soit un total de 76 sièges disponibles.

En tout, avant la pandémie de coronavirus, l’offre de Première classe d’Air France avait une capacité d’accueil de 166 clients.

Les suites La Première ne correspondaient qu’à 45,7% de l’offre totale disponible. C’est faible, d’autant plus qu’avec la sortie des Airbus A380 de la flotte, la Première classe ne compte plus désormais que 76 sièges remettant mécaniquement en question la rentabilité de cette classe de voyage.

Crédit : The Travelers Club

Maintien du produit en l’état : pourquoi ?

Air France a finalement fait le choix de maintenir son offre La Première en limitant toutefois son réseau à une dizaine de destinations où il existe une forte demande. Par exemple, New York et Los Angeles se verront attribuer jusqu’à 2 rotations quotidiennes eu égard au taux de remplissage de ces deux routes depuis et vers Paris.

En effet, la compagnie aérienne tricolore est aujourd’hui en mesure de maintenir son produit de Première classe compte tenu notamment des bons indicateurs que celui-ci rencontre :

  • l’équilibre est désormais quasiment assuré par la forte augmentation des prix et la disparition notable des tarifs réduits : un produit de plus en plus confidentiel et de plus en plus onéreux
  • les prévisions commerciales sont jugées favorables ce qui témoigne d’un bon taux d’occupation – voir, très bon
  • la commercialisation de nouveaux produits permettant de générer de forts revenus additionnels : privatisation de la cabine La Première, accès salon à Charles de Gaulle, …
  • la restructuration des prestations permet à Air France d’économiser sur le coût de celles-ci (par exemple, la suppression de la deuxième prestation chaude sur les vols d’une durée inférieure à 10h30 hors petit-déjeuner). La compagnie aérienne est parvenue à faire accepter aux clients un véritable coup de rabot sur son offre de restauration La Première

Crédit : Interne

Outre ces raisons commerciales, Air France était confrontée à plusieurs problèmes si elle décidait de mettre un terme à l’offre La Première :

  • le retrofit des Boeing 777-300ER vieillissants et équipés des suites. Ce réaménagement aurait eu un coût certain et le statu quo était assurément la solution la plus économique (il s’agit, en effet, d’avions âgés qui seront opérés par Air France pendant 6 ans et demi en moyenne – soit un délai trop juste pour amortir un gros retrofit)
  • l’existence de contrats corporate importants pour Air France qui exigent quasiment tous l’offre d’un produit de Première classe
  • le produit La Première représente beaucoup de personnel au sol et sa suppression poserait un vrai problème social de réaffectation d’un personnel très spécifique
Ce qui est intéressant de noter c’est que même avec 19 avions, avec le pricing qui est actuellement fait par Air France et compte tenu des prévisions en matière de remplissage, la compagnie aérienne obtient un revenu quasiment équivalent au revenu passé lorsque l’offre était disponible sur Boeing 777-300ER et Airbus A380 (dans l’hypothèse d’une reprise favorable vers les États-Unis et l’Asie). Par ailleurs, la flotte limitée garantit exclusivement des équipages commerciaux spécialement formés La Première à bord permettant ainsi d’obtenir un très bon niveau de service – ce qui n’était pas forcément toujours le cas par le passé.

Vers une extension du produit La Première ?

Air France fait donc le choix de conserver sa produit flagship au moins à l’horizon de la durée de vie des Boeing 777-300ER.

Mais quid de l’avenir ? La compagnie aérienne doit-elle étendre son produit et l’installer à bord d’autres appareils afin d’en assurer sa longévité ?

En interne, deux pistes sont ou ont été à l’étude.

Le réaménagement des Boeing 777-300ER non équipés de La Première.

Il ne faut pas oublier qu’Air France possède encore 6 Boeing 777-300ER en configuration « loisirs ». Ces avions, qui ne sont pas les plus vieux de la flotte, sont les suivants :

  • F-GSQD
  • F-GSQE
  • F-GZNH
  • F-GZNI
  • F-GZNJ
  • F-GZNK

Ces appareils sont équipés du produit NEV4.

Pour mémoire, l’ancien produit Business est âgé de … 17 ans ! Air France est consciente qu’elle doit faire quelque chose de ces avions tant la différence avec les autres est flagrante. D’autant plus qu’avec les destinations vers lesquelles ils seront envoyés cet hiver (Miami, entre autre), cette distinction entre les offres ne passera plus auprès des clients.

Depuis novembre dernier, Air France réfléchirait à l’installation de 4 voir 8 sièges La Première à bord sans être pour autant parvenue à trancher. La compagnie pourrait également faire le choix de ne pas installer sa Première classe à bord mais d’installer un nouveau produit Business afin de faire le ménage à bord.

Le déploiement de La Première à bord de l’Airbus A350.

Nous avions déjà évoqué l’idée d’un possible déploiement de la cabine La Première à bord de l’Airbus A350 d’Air France.

Là encore, l’idée a circulé au sein de la compagnie aérienne : installer des suites de Première classe sur les Airbus A350 aux normes Air France (et non Joon) mais pour cela, il faudrait développer un nouveau siège puisque l’avion est moins large que le Boeing 777.

Un coût supplémentaire pour la compagnie aérienne.

Crédit : The Travelers Club

Conclusion.

Aujourd’hui, le maintien du produit La Première d’Air France semble être acté jusqu’au terme de la durée de vie des Boeing 777-300ER de la flotte, a minima.

Cette décision n’empêche pas la compagnie aérienne de réfléchir à l’accroissement potentiel de l’offre sur d’autres appareils de sa flotte. La question se pose avec insistance en interne eu égard au réaménagement dans les mois à venir des 6 Boeing 777-300ER qui demeurent en configuration « loisirs ».

Quoi qu’il en soit, avec 76 sièges commercialisés à un tarif élevé, avec un bon taux d’occupation, avec la commercialisation d’offres annexes et aux réajustements de ses coûts, Air France, si elle ne parvient pas à être rentable, revient potentiellement à l’équilibre en Première classe.

Tyler.

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