Qatar Airways est réputée pour être exigeante. La compagnie aérienne dirigée par Akbar Al Baker a toujours tout misé sur l’excellence. Les plus attentifs de nos lecteurs auront déjà entendu la célèbre tagline du Président-directeur général du transporteur qatari : « Excellence in everything we do ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette affaire fait tâche dans son palmarès. En effet, Qatar Airways a été contrainte, sur ordre de son régulateur national, de clouer au sol une partie de sa flotte d’Airbus A350 en raison de la dégradation précoce et sérieuse de la surface du fuselage de ces derniers remettant en question, selon elle, la sécurité de ses passagers à bord. Si Airbus continue d’affirmer qu’il ne s’agit là que de dommages esthétiques, les tensions entre les deux parties continuent de s’amplifier.

Crédit : Qatar Airways

De l’annulation de commande …

Nous assistons à une décision sans précédent dans l’industrie aéronautique mondiale. L’avionneur européen a fait le choix d’annuler une commande de plusieurs milliards de dollars passée par Qatar Airways. En effet, Airbus a confirmé vendredi matin à l’AFP une information de Bloomberg qui circulait déjà : le contrat portant l’acquisition de 50 Airbus A321neo vient d’être résilié unilatéralement par l’industriel.

Cette décision est d’autant plus exceptionnelle que, généralement, les annulations de commandes sont le fait des compagnies aériennes clientes, notamment lorsqu’elles ne sont plus en mesure d’en financer l’achat ou n’ont plus besoin des appareils commandés. Nous avions d’ailleurs assisté à moult reprises à ces annulations au plus fort de la crise sanitaire au grand drame de tous les avionneurs confondus.

Cette fois-ci, c’est Airbus qui a pris la décision de ne plus vouloir vendre à Qatar Airways ces 50 appareils monocouloirs : une commande pourtant estimée à 6 milliards d’euros au prix catalogue. Avion indispensable à la stratégie d’expansion de la compagnie à l’oryx, sans équivalent du côté américain (en terme de capacité et de rayon d’action), Akbar Al Baker avait dévoilé, à l’été dernier, quelques détails d’aménagement de ses futurs Airbus A321neo.

Pour motiver cette résiliation, Airbus a fait valoir une clause de défaut à propos du refus de prendre livraison d’A350 supplémentaires. En effet, depuis l’immobilisation de 21 Airbus A350 de sa flotte, Qatar Airways qui attend encore 23 appareils de ce type, avait, depuis l’été dernier, refusé de recevoir de nouveaux avions.

… à la Haute Cour de Justice d’Angleterre.

Si en décembre 2021, Airbus s’était dit prêt à recourir à un arbitrage privé afin de défendre sa position et sa réputation, Qatar Airways avait fait le choix, quant à elle, de porter l’affaire devant la Haute Cour de Justice d’Angleterre.

Jeudi dernier, la compagnie aérienne basée à Doha, dans le cadre de cette procédure judiciaire engagée contre Airbus devant la division Technologie et Construction de la Cour, a demandé une audience accélérée d’une question préliminaire afin de répondre à ses préoccupations, notamment en terme de sécurité pour ses passagers. En conséquence, la justice anglaise a fait droit à la demande de Qatar Airways en accélérant le traitement du dossier. La prochaine audience devant la juridiction est prévue pour le 26 avril 2022 : une décision saluée par Akbar Al Baker.

En parallèle de cette procédure juridique, la compagnie aérienne vient de révéler une vidéo qui montre, en détail, l’état de dégradation de la surface du fuselage de ces avions. Qatar Airways affirme que ces défauts ne sont pas superficiels, contrairement à ce qu’affirme l’avionneur, allant même jusqu’à préciser qu’ils :

  • exposent et endommagent pour un appareil le système de protection contre la foudre de l’avion
  • laissent, pour un autre avion, la structure composite sous-jacente exposée à l’humidité et aux rayons ultraviolets
  • comprennent des fissures dans le composite et des dommages autour d’un pourcentage élevé de rivets sur le fuselage de l’avion

 

Comment Qatar Airways parvient-elle à opérer son réseau ?

En attendant, Qatar Airways doit poursuivre ses opérations !

Avec plus de 100 destinations desservies de par le monde, et de très nombreuses fréquences quotidiennes sur ses axes majeurs, la compagnie aérienne paie un lourd tribut à cette immobilisation forcée et est incontestablement en manque d’avions. En ce sens, la compagnie aérienne qatarie a réclamé à l’avionneur européen une indemnisation de 618 millions de dollars, assortie d’une pénalité de 4 millions par jour supplémentaire d’immobilisation de ses Airbus A350 afin de compenser ses pertes.

Par ailleurs, elle a été contrainte de :

  • réactiver certains de ses Airbus A330 et A380 qu’elle n’opérait plus
  • louer à Cathay Pacific plusieurs de ses Boeing 777 (dont cette dernière n’a, pour l’heure, pas grand usage compte tenu de la situation sanitaire à Hong Kong)
  • louer à Oman Air pas moins de 3 de ses Airbus A330-300

Un produit pour le moins différent de ce que cette dernière a l’habitude d’offrir à ses clients à bord de ses Airbus A350.

Conclusion.

Aussi bien Airbus que Qatar Airways semblent déterminés à aller jusqu’au bout de cette affaire. L’avionneur européen l’affirme : ces dégradations ne portent aucun réel préjudice à Qatar Airways, notamment en matière de sécurité. De son côté, la compagnie aérienne, preuves à l’appui des faits qu’elle avance, est contrainte et forcée de maintenir immobilisés 21 Airbus A350 de sa flotte.

Si elle est la seule opératrice de ce type avion à avoir cloué au sol ces avions, elle n’est pas la seule a avoir constaté ces problèmes, à l’instar de Finnair notamment. Il ne faut pas perdre de vue que Qatar Airways a été la compagnie de lancement de l’Airbus A350 (-900 et –1000) et, qu’à ce titre, elle dispose d’une longueur d’avance sur les autres.

Qui d’Airbus ou de Qatar Airways a raison ? Ce sera à la justice de trancher. En l’état, la compagnie aérienne membre de l’alliance oneworld semble véritablement pâtir de cette situation finalement inconfortable pour les deux parties.

Tyler.

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