Le flygskam, appelé également la honte de prendre l’avion (en raison notamment de la pollution que cela engendrerait) a fait des ravages dans l’imaginaire collectif, et de plus en plus de voyageurs, notamment dans le nord de l’Europe, réfléchissent à éviter autant que faire se peut ce mode de transport pourtant aux antipodes des maux qu’on lui prête.

Dans ce contexte, Laurent Magnin, Président – directeur général de La Compagnie et XL Airways, a décidé comme à son habitude, de faire de l’anti langue de bois sur le plateau de Stéphane Soumier de BFM TV : l’occasion pour ce patron atypique d’évoquer les enjeux cruciaux de l’industrie du transport aérien et des relations étroites que cette activité entretient avec l’économie mondiale. 

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Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent – Laurent Magnin, aux 5 ans de La Compagnie

La nécessaire aviation commerciale.

Laurent Magnin est très clair lorsqu’il évoque l’aviation, en particulier, et le secteur du transport, en général. Pour lui, il est primordial pour l’être humain de voyager. Les voyages contribuent au bon fonctionnement du monde.

« J’ai toujours pensé que voyager rendait moins con, moins raciste, moins tout ce que l’on peut imaginer. Cela permet de découvrir le monde, de découvrir les autres. On peut se passer de plein de choses mais la dernière chose dont il faut se priver ce sont les transports. La liberté de voyage est primordial. Le jour où l’homme ne bougera plus, il sera effrayant.  Voyager rend moins con : c’est ma phrase préférée ! »

Par ailleurs, les alternatives proposées actuellement sont jugées insuffisantes par le charismatique chef d’entreprise. Substituer l’avion par le train est uniquement possible pour de courts trajets mais demeure aujourd’hui inenvisageable pour les destinations les plus lointaines. 

« Le train n’est pas une réponse pour la découverte de la planète. Passé 3 heures vous allez où en train ? Istanbul, New York ou la Chine ne sont pas et ne seront pas accessibles sans l’avion dans le futur proche. »

Les injustes critiques. 

Pour le Président – directeur général de XL Airways et de La Compagnie, l’aviation fait l’objet de critiques inconsidérées, d’autant plus que l’ensemble de cette industrie se mobilise au quotidien afin de lutter pour la préservation de l’environnement et la diminution des rejets carbone. Si la critique est facile, elle est mal orientée. D’autres secteurs d’activité (ou même certaines nations) mériteraient, et à juste titre, d’être pointés du doigt pour leur contribution à l’accroissement de la pollution. 

« La focalisation, là où elle me dérange, c’est que lorsque l’on regarde l’énorme véhicule de la pollution carbone mondiale, l’aérien représente un phare avant. Un seul phare j’insiste. Deux pour cents c’est très peu alors qu’on est à 30% sur l’industrie, sur la déforestation ou sur la production d’énergie. Nous, on est à 2% et on va supporter l’ensemble du bashing ? Ce n’est pas honnête. (…). S’il y a bien une corporation qui est très sensible à tout cela, c’est la nôtre car nous on joue notre vie. Pour nous, le pétrole c’est notre moyen de vivre et nous n’avons pas encore trouvé de moyen de remplacement. L’énergie électrique je n’y crois pas trop. À titre d’exemple, il faudrait 180 tonnes de batterie dans un A320 pour le faire voler ! C’est un rêve. Donc nous, on a un sujet majeur, c’est d’arriver à voler sans augmenter la production de carbone. C’est-à-dire qu’on a signé des accords pour qu’à partir de 2020 on continue à progresser sans les augmenter. Je serais très heureux de voir les mêmes engagements carbones de la part des principaux pays comme les Etats-Unis ou la Chine. Nous on le fait dans l’aérien. Pourquoi ? Car tous nos salariés, syndicats, dirigeants le pensent. On joue notre survie. »

Crédit : IATA

La (sur)-conscience écologique.

L’industrie du transport aérien dans son ensemble se mobilise. Les avionneurs coincent aujourd’hui des avions toujours moins gourmands afin de réduire l’emprunte écologique. Ces avions de dernière génération, qui consomment moins, rejettent moins, sont les nouvelles coqueluches des compagnies aériennes qui investissent en masse pour renouveler leurs flottes vieillissantes, pour moins consommer, pour réduire.

« Les personnes travaillants dans l’aérien sont tétanisées du bashing qui est fait car ce n’est pas la réponse qu’il faut donner aux émissions excessives de carbone. En effet, encore une fois : deux pour cent ! C’est infime. Moi quand je suis rentré dans l’aviation, j’étais dans une compagnie qui exploitait des Caravelles. On consommait 4 000 litres à l’heure pour transporter 90 passagers. A l’heure actuelle, chez XL Airways, nos Airbus A330 en consomment 7 000 par heure et transportent 300 passagers. C’est une révolution et il y a beaucoup d’industries qui ne l’ont pas encore faite cette révolution. C’est pour cela que l’on ne peut pas être des victimes expiatoires. Il faut que le public soit conscient que nous nous battons pour réduire notre empreinte carbone. »

Le cas XL Airways et La compagnie.

Chez XL Airways et La Compagnie, comme ailleurs, on cherche à moins consommer. La boutique airline, qui fêtait hier son cinquième anniversaire, a prévu de remplacer ses deux Boeing 757 par deux Airbus A321neo (dont le premier a déjà intégré la flotte). Un objectif : réduire au maximum la consommation de kérosène, sujet à variation dans son tarif, mais à épuisement également.

« Je dirige La Compagnie et XL Airways. Les deux compagnies possèdent du neo en commande. Chez La Compagnie, qui est dédiée à la desserte de New York en classe Affaires, un premier Boeing 757 a été remplacé par un A321neo (le second subira le même sort avant la fin de l’année) et il consomme 35% de carburant en moins. L’aérien va dans le sens de l’écologie car le fuel nous tue. Il monte, il descend mais il nous tue. Moins on en consomme, mieux on se porte donc notre travail c’est de consommer le moins possible. Nos pilotes sont très concernés dans les trajectoires, les décollages, le roulage sur les pistes avec un seul réacteur avant de décoller. On est très sensible à tout ça. Et au final on est le coupable idéal. »

Crédit : Dirk Grothe

Des taxes, toujours des taxes. 

Laurent Magnin tacle l’État français et pointe du doigt la pression fiscale qui est faite dans notre pays sur le prix d’un billet d’avion. Il compare ces chiffres aux autres pays européens qui sont, quant à eux, moins concernés par ce problème. L’occasion pour lui également de rappeler que si le contribuable français n’est pas affecté par l’aviation, il l’est toujours aujourd’hui par le TGV

« Sur le billet d’avion, quand vous allez à Nice, 50% du prix du billet c’est une taxe. C’est 30% dans le reste des pays européens. La France est championne du monde de la taxe. On est champion d’un truc, champion de la taxe. C’est-à-dire que quand un de nos clients part à l’autre bout du monde, près de la moitié du prix de son billet d’avion, ce sont des taxes. C’est lui qui paye le plus de taxes. C’est cela aussi qui contribue au prix de l’aérien. On paye en taxe ce que personne ne paye. On s’auto-assume totalement financièrement. Concernant le TGV, la vérité c’est qu’au bout de 20 ans ce n’est pas rentable et que le contribuable continue de payer. Nous, dans l’aérien, on est autonome, on paye notre sureté ou les aéroports (qui augmentent de taille plus vite que l’inflation). Les taxes non, le dialogue oui. »

Crédit : Rail Passion

L’Airbus A321XLR.

Lancé il y a quelques semaines au Salon du Bourget, l’Airbus A321XLR (la toute nouvelle version de l’A321neo) est, pour Laurent Magnin, l’une des solutions incontournables pour pérenniser le futur du transport aérien. Plus de vols directs, moins de correspondances, des départs provinces en France pour le long courrier ? Le patron d’XL Airways verrait-il plus loin que le bout de son nez ? C’est certain. 

« Il y a quelque chose qui coûte très cher dans l’aérien et qui un problème à moyen et long terme car on ne va pas construire de nouveaux aéroports, c’est la correspondance. Les avions comme l’Airbus A321XLR vont permettre de faire des vols directs. Mon projet, ma vision de demain au départ de ce pays, c’est qu’une grande partie des lignes partiront des grandes villes de chaque région. Il y aura des vols entre New York et Lyon, Marseille, Toulouse ou Nantes. Clairement, cet avion ça va être l’une des réponses. L’aspect technologique qu’entreprend Airbus sur ces avions-là va changer la donne dans le transport aérien. »

Conclusion.

La réponse apportée par Laurent Magnin est sans équivoque : non, le transport aérien n’est pas une épée de Damoclès qui pèse au dessus du monde.

Au contraire. Il s’agit d’un outil indispensable.

Une voix de poids de plus qui s’élève contre l’absurde contestation ! 😉

Augustin & Tyler.

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