Mercredi dernier, au lendemain de la cérémonie de remise des prix SkytraxQatar Airways a été sacrée une nouvelle fois « Meilleure compagnie aérienne au monde » en 2019, nous avons rencontré Son Excellence Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways. Fier de ses victoires, nous avons eu le plaisir d’évoquer avec lui, en toute transparence et sans faux-semblants, l’actualité de la compagnie aérienne de Doha.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

La flotte.

À l’occasion de l’Assemblée Générale Annuelle organisée par IATA à Séoul, Akbar Al Baker avait été plutôt prudent quant aux commentaires qu’il pouvait faire au sujet du Boeing 737 MAX 8. Le patron de Qatar Airways, à la tête du Conseil d’Administration de l’Association à cette époque, avait en effet jugé que ce n’était pas à cette dernière de commenter la certification des modifications apportées au logiciel de l’appareil.

Lors de la table ronde qui s’est déroulée au salon du Bourget, Akbar Ak Baker a été plus affirmatif dans ses propos en renouvelant notamment sa confiance en l’avionneur américain et son avion. Néanmoins, le patron de Qatar Airways sait que les équipes d’Air Italy (les avions commandés volaient jusqu’à présent sous les couleurs de l’investissement italien) devront fournir un travail important pour reconquérir les passagers.

« Nous avions commandé 20 Boeing 737 MAX pour les louer à Air Italy. Nous en avions déjà reçu 5 et nous devons désormais attendre le moment où les problèmes seront officiellement résolus. Nous devons également préparer les clients à voler de nouveau avec le Boeing 737 MAX car la confiance en cet avion a été fortement impactée par les deux accidents successifs. Néanmoins, le groupe Qatar Airways a une confiance totale en Boeing. Quelles que soient les problématiques, elles seront résolues et les régulateurs certifieront de nouveau l’avion. Mais les passagers voudront-ils voler de nouveau avec lui ? C’est là, le véritable problème. »

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En outre, Akbar Al Baker préconise de renommer le Boeing 737 MAX, considérant que l’héritage laissé par celui-ci lui sera préjudiciable pour reconquérir ses clients.

« Je considère en effet que Boeing devra proposer une alternative pour renommer cet avion. »

Par ailleurs, l’Airbus A321XLR, dont le lancement a été confirmé par l’avionneur européen le premier jour du salon du Bourget, n’intéresse pas Qatar Airways qui est catégorique à ce sujet : ils ne commanderont pas d’exemplaire de cet avion.

« Le XLR ne nous intéresse pas puisque nous pensons que les LR commandés rempliront pleinement leur mission. En effet, nous refusons de voler plus de 7 heures en monocouloir, tout simplement parce que ce n’est pas confortable pour les passagers, à moins de prétendre être un transporteur à bas coût … ce que Qatar Airways n’est pas. »

En revanche, Qatar Airways envisage d’être la compagnie de lancement de la version cargo du Boeing 777X lorsqu’il en passeront officiellement la commande à l’horizon 2020. Cependant, lors de cette nouvelle édition du salon international de l’aéronautique et de l’espace, la compagnie de Doha a ajouté une commande de 5 Boeing 777 cargo à sa flotte déjà puissante.

« En 2020, nous souhaitons être le client de lancement de la version cargo puisque Boeing lancera à ce moment là une version X de son cargo Boeing 777 »

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L’Airbus A380 sortira de la flotte à leur dixième anniversaire : la décision est actée par la compagnie aérienne.

« Nous envisageons de retirer tous les Airbus A380 de la flotte à l’occasion de leur 10e anniversaire, à moins que quelque chose ne se prépare d’ici là et ne nous oblige à modifier notre stratégie.  Le premier appareil sortira de la flotte dans 5 ans, puisque le premier a déjà 5 ans. »

L’avenir de la Qsuite.

Nous savons que Qatar Airways prendra possession à la fin de l’année de ses nouveaux Dreamliner. En effet, la compagnie à l’oryx doit recevoir le premier de ses 30 Boeing 787-9 commandés à l’avionneur américain à l’automne 2019. Akbar Al Baker a ainsi annoncé l’introduction d’un nouveau produit Qsuite amélioré avec l’arrivée de ce nouvel appareil.

« Nous prendrons possession du premier avion d’ici la fin de l’année. En Business, l’appareil sera équipé de la Qsuite. Mais celle-ci sera modifiée, en mieux. Ce sera une Qsuite véritablement améliorée. Il est toujours possible de jouer avec les personnalisations de la Qsuite, mais pas avec sa taille. Il y a de nouvelles innovations que vous découvrirez lors du premier vol à la fin de cette année … pourvu que les sièges soient livrés à temps ! »

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Investissements.

Akbar Al Baker est satisfait de son investissement au sein d’Air Italy dont elle détient 49% du capital de la maison-mère. Le patron de Qatar Airways considère qu’elle a permis à la compagnie italienne, anciennement Meridiana, de se développer à l’international, ce qu’elle n’avait pas su faire auparavant.

« La compagnie aérienne s’en sort conformément à notre plan de développement et le gouvernement italien est très heureux qu’Air Italy étende ses activités à l’international et devienne une véritable compagnie aérienne nationale. En effet, Air Italy est, pour moi, un transporteur national notamment en raison de son nom qui a beaucoup de signification. »

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Par ailleurs, comme elle l’a déjà affirmé par le passé, le Président-directeur général du groupe Qatar Airways réitère son intérêt pour l’Inde, renforcé par la disparition de Jet Airways.

« En effet, nous le mentionnons fréquemment. Nous sommes extrêmement intéressés par un transporteur indien, mais le problème demeure la propriété dans ce pays. Il existe une politique gouvernementale lorsque vous souhaitez investir en Inde et cette dernière met beaucoup de bâtons dans les roues … »

oneworld.

En février 2019oneworld fêtait en grande pompe ses 20 premières années d’existence à Londres. De la conférence attenante à cet anniversaire, on retient comme fait marquant le départ prématuré d’Akbar Al Baker, absent de la traditionnelle photo de famille. En effet, le Président-directeur général du groupe Qatar Airways entretient des relations tendues avec l’alliance au point d’avoir annoncé à Doha en février dernier le départ possible de l’alliance.

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Son Excellence Akbar Al Baker, s’il n’a pas précisé officiellement le départ de Qatar Airways de l’alliance oneworld, laisse encore planer le douter. Mais le sous-entendu ne laisse cependant que très peu de place à l’incertitude.

« Notre intérêt n’est pas de rester lorsque vous avez des fous au sein de l’alliance qui ne croient pas ni en votre compagnie aérienne ni qu’il soit bon qu’elle fasse partie de l’alliance. La décision finale sera prise dans le meilleur intérêt de Qatar Airways et non dans l’intérêt de l’alliance, car l’alliance ne tient pas compte de notre intérêt. Nous devrions prendre une décision très bientôt, à moins que l’un des dirigeants de l’une des compagnies de l’alliance ne soit plus le PDG de cette dernière. »

Les autres compagnies aériennes.

Au Paris Air Forum, Benjamin Smith, le nouveau patron du groupe franco-néerlandais, a affirmé que la plus grande menace pour l’aviation européenne n’était autre que les compagnies aériennes du Golfe. Remarque récurrente que l’on entend de part et d’autre de l’Atlantique, sans que ces dernières ne remettent véritablement en question leur modèle économique et leur mode de fonctionnement.

Akbar Al Baker a d’ailleurs une ferme opinion à ce sujet.

« Toutes ces compagnies aériennes blâment les compagnies du Golfe parce qu’elles sont inefficaces, et parce qu’elles ne fournissent pas les même normes de services que nous. En revanche, lorsque vous regardez en détail, nous ne leur faisons concurrence qu’au niveau international.

En effet, quand vous regardez Lufthansa, quand vous regardez Air France, quand vous regardez KLM, toutes ces compagnies aériennes gagnent beaucoup d’argent sur le long-courrier et ne font que perdre de l’argent sur l’Europe et le moyen-courrier en général.

De ce fait, ce n’est pas véritablement une concurrence de notre part. C’est tout simplement en raison de leur inefficacité et de leur mauvais modèle économique. Lufthansa a démontré récemment qu’elle compensait ses pertes du moyen-courrier (en recul de 12%) avec les vols long-courriers où ils sont très très rentables. Pourtant, nous sommes en concurrence sur ces vols long-courriers.

Ils se tirent une balle dans le pied quand ils prétendent que nous faisons fuir leurs clients. »

Un verdict sans appel.

 

Propos recueillis par Tyler Birth pour le compte de The Travelers Club à l’occasion de la table ronde organisée par Qatar Airways au salon du Bourget. 

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