Le deuxième édition du sommet aéropolitique organisé par CAPA Aviation se tient actuellement, et jusqu’au 6 février 2020, à Doha. Qatar Airways est, à l’instar de l’an passé, partenaire de l’événement. Représentée par son très charismatique Président-directeur général, la compagnie aérienne nationale est intervenue en préambule des conférences programmées sur deux jours. Ainsi, Akbar Al Baker a livré une vision actualisée et sans concession du secteur aérien (concurrence, avionneurs, …) tout en rappelant la situation actuelle du Qatar, le blocage du pays et les ambitions nationales.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

Le maintien du blocage du Qatar.

En juin 2017, l’Arabie Saoudite, le Yémen, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, et l’Égypte ont stoppé les relations diplomatiques qu’ils entretenaient avec le Qatar. De cet arrêt brutal en a notamment découlé pour Qatar Airways, la compagnie aérienne nationale, l’impossibilité d’emprunter les couloirs aériens survolant leurs territoires.

Si l’État du Qatar a conservé d’excellentes relations avec certains partenaires régionaux, à l’instar de l’Iran, de la Turquie et du Sultanat d’Oman, ce sont 18 vols régionaux qui ont été immédiatement suspendus par la compagnie à l’oryx.

Nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer le blocage du Qatar par la coalition de pays.

On se souvient de la campagne « No borders, only horizons » réalisée par Qatar Airways quelques jours après le début du conflit afin de mobiliser la communauté internationale sur l’importance de conserver un ciel ouvert pour tous. Cette campagne a inspiré le discours d’Al Baker lors de son intervention au sommet aéropolitique de Doha.

Aujourd’hui, si la situation politique n’a pas changé au Qatar, la compagnie aérienne nationale a poursuivi sa croissance en recevant notamment des avions de dernière génération (on se souvient de l’intégration au sein de la flotte de l’Airbus A350-1000 par exemple mais également de l’Airbus A321neo cette année) et en ouvrant de nouvelles routes depuis son hub de Doha (déjà 28 nouvelles destinations depuis le début du blocage). Cette année encore, la compagnie à l’oryx ouvrira 11 nouvelles routes dont Lyon, en France. L’occasion pour Akbar Al Baker, s’il en fallait une, de rappeler la résilience de Qatar Airways face au blocage illégal du pays.

« N’importe quelle compagnie aérienne dans le monde aurait déjà mis la clef sous la porte dans de telles conditions. » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du Groupe Qatar Airways.

La compagnie aérienne nationale est assurément en bonne santé et ce, indépendamment des chiffres publiés fin septembre 2019. En effet, Qatar Airways avait annoncé une perte de près de 640 millions de dollars en très grande partie imputable à la perte des routes matures fermées en raison du blocage.

« Qatar Airways est restée une compagnie profitable. Nous n’avons rien caché. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas performant mais bel et bien à cause du blocage illégal de mon pays. Et quelqu’un devra payer la facture ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du Groupe Qatar Airways.

Néanmoins, son Président-directeur général, qui est aussi à la tête du tourisme au Qatar, n’a pas manqué d’insister sur l’absence néfaste de soutien de la communauté internationale depuis le début ce conflit qui l’oppose avec l’Arabie Saoudite, le Yémen, les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn, et l’Égypte.

« Le Qatar est un pays qui pourrait servir d’exemple pour tous. Nous sommes un pays qui a su résister face à l’adversité, demeurer indépendant, protéger sa souveraineté. Mais la communauté internationale ne devrait pas tolérer cela. Nous sommes un cas d’école en quelque sorte. C’est un véritable réveil pour le monde. Cette pratique ne devrait jamais pouvoir exister et ne devrait jamais pouvoir se reproduire ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du Groupe Qatar Airways.

Pour l’heure, les prévisions ne sont pas rassurantes. En effet, aucune solution ne semble être en cours de discussion d’un côté comme de l’autre. Cependant, en novembre dernier, Son Excellence Akbar Al Baker n’hésitait pas à laisser une porte ouverte aux pays à l’initiative de ce conflit.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

Investissements et concurrence.

Akbar Al Baker l’affirme, les choix qu’il opère en matière d’investissements sont à la fois judicieux et profitables pour le groupe aérien qu’il dirige. À l’occasion de la deuxième édition de ce sommet aéropolitique organisé par CAPA Aviation, le Président-directeur général du groupe Qatar Airways a annoncé être entré en négociation afin d’acquérir 49% des parts de RwandAir avec, pour leitmotiv, la volonté de favoriser les intérêts de la compagnie à l’oryx.

En effet, pour Qatar Airways, cet investissement est essentiel. Le patron de la compagnie aérienne n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler que l’Afrique est un continent sous exploité en matière de transport aérien. Ainsi, la position stratégique du Rwanda a, par ailleurs et selon lui, du sens pour développer RwandAir.

« Nous continuerons d’investir efficacement : dans le nouvel aéroport du Rwanda tout d’abord (avec une future capacité d’accueil de 10 millions de passagers par an) qui sera le coeur de l’Afrique, mais nous investirons également dans la compagnie aérienne nationale car nous savons que l’Afrique est un continent avec de très grandes possibilités et qui a un énorme potentiel. » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Mais le groupe Qatar Airways est prudent ; Al Baker, en patron avisé, préfère ne pas prendre de risques inconsidérés en matière d’investissement.

« Ceux qui nous connaissent savent que nous sommes d’âpres négociateurs. Nous investissons intelligemment. Qatar Airways n’est pas la vache à lait du secteur de l’aérien. Nous investissons intelligemment pour avoir un retour sur cet investissement (…) Aujourd’hui, vous pouvez regarder tous mes investissements. Tous sont profitables à ma compagnie. » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Cette réflexion, à peine voilée, n’est pas sans viser les déboires de sa concurrente Etihad Airways qui, au fil des mois et des partenariats malheureux, n’a cessé de cumuler les pertes jusqu’à devoir aujourd’hui céder une partie de sa flotte afin de générer une rentrée d’argent. S’il ne la nomme pas précisément, Akbar Al Baker a déjà réglé le sort de sa consoeur, considérant que cette dernière ne fait désormais plus partie des grandes compagnies aériennes du Moyen-Orient.

« Les ME3 (abréviation donné aux 3 grandes compagnies aériennes du Moyen-Orient, ndlr) n’existent plus. Je n’en vois plus que 2 désormais. Et parmi ces deux là, il y en a une qui sera bientôt moins importante que l’autre (…) Au Qatar, nous n’avons jamais cherché à avoir une capacité d’accueil de 150 millions de passagers par an au sein de notre aéroport … ni même 12 pistes pour, au final, ne plus avoir d’argent pour fonctionner ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Outre les partenariats que Qatar Airways tisse participation après participation (on pense notamment à Cathay Pacific, China Southern, LATAM, …), la compagnie aérienne met fréquemment de l’argent sur la table afin d’être en mesure de toujours opérer une flotte jeune, moderne et économique.

« Nous sommes géographiquement très bien situés. Nous investissons dans des avions de dernière génération, plus économiques, plus écologiques. Nous voulons également un réseau conforme aux standards de Qatar Airways. » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Ainsi, cette année, Qatar Airways prendra possession de 40 nouveaux avions (dont certains ont pour destin de remplacer des appareils vieillissants).

« Nous continuons d’investir pour notre flotte et pour l’industrie aéronautique mondiale. Nous avons, en effet, déjà passé de nouvelles commandes auprès de Boeing, de Gulfstream Executive Jets et de GE engines. Notre flotte est l’une des plus jeune au monde avec 250 appareils incluant notamment 30 Boeing 787 Dreamliner, 53 Airbus A350, ou encore 57 Boeing 777. L’âge moyen de notre flotte s’élève, quant à elle, à 5 ans. Nous recevons un nouvel avion tous les 11 jours et demi ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Crédit : Qatar Airways

Lorsqu’il est question d’évoquer le récent rapprochement entre LATAM et Delta Air Lines (rappelons que la compagnie aérienne américaine a fait l’acquisition de 20% des parts de la chilienne pour près de 2 milliards de dollars) mais également l’avenir des relations entre cette dernière et Qatar Airways, Son Excellence Akbar Al Baker fait preuve de pragmatisme : les affaires sont les affaires.

« Je suis prêt à faire des affaires avec le diable ! Dès que cela servira les intérêts de ma compagnie aérienne, je continuerais de serrer les mains de mes ennemis car ce sont les affaires. » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

En revanche, la libre concurrence est incontestablement le point où le Président-directeur général du groupe Qatar Airways est intransigeant. En effet, sur celui-ci, aucune concession ne peut et ne doit être tolérée. Les compagnies aériennes américaines (Delta Air Lines, American Airlines, …) n’ont eu de cesse de chercher à mettre des batons dans les roues de la compagnie nationale du Qatar provoquant des tensions au sein même de oneworld. On se souvient des menaces d’Al Baker quant au départ de Qatar Airways de l’alliance aérienne.

« Nous savions qu’ils feraient cela. Ils veulent se protéger des compétiteurs de poids pour ne surtout pas prendre le risque que les clients comparent un produit … avec un autre produit. » –  Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

En outre, du côté de l’Union Européenne, les choses avancent bien, un an après. Le représentant des transports et de la mobilité au sein de la commission européenne, Henrik Hololei, était d’ailleurs présent à Doha afin de rappeler que le nouvel accord de ciel ouvert était en phase d’être signé par les différents pays membres, toujours au cas par cas (mais excluant désormais le Royaume-Uni).

Crédit : Twitter / Henrik Hololei

Enfin, pour Akbar Al Baker, le Qatar est un pays très ouvert. Permettre à toutes les compagnies aériennes qui souhaitent s’y poser de le faire est une priorité nationale. Ainsi, toute demande d’attribution de créneaux est, selon le Président-directeur général de Qatar Airways, étudiée par l’État avec bienveillance, et pas seulement pour sa compagnie aérienne.

Qatar Airways : un outil de développement national.

Mais Qatar Airways n’est pas qu’un simple transporteur.

En effet, la compagnie aérienne est également un véritable vecteur de croissance pour le pays, qui permet de favoriser le développement du Qatar et de satisfaire les grandes ambitions nationales.

« Qatar Airways est un outil économique essentiel pour le Qatar. Nous poursuivons les investissements nécessaires car ce sont également des opportunités d’affaires pour le pays tout entier » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Ainsi, le Qatar met aujourd’hui l’accent sur les développements :

  • culturels
  • sportifs 
  • de nouvelles opportunités d’affaires
  • de nouveaux loisirs

Dans un peu moins de 2 ans maintenant, la péninsule qatarie accueillera la coupe du monde de football, la première compétition de ce type organisée dans l’histoire de la FIFA au Moyen-Orient. Qatar Airways se prépare ainsi à accueillir sur le territoire national et pendant 3 semaines des visiteurs du monde entier.

Récemment, Akbar Al Baker, aussi en charge du développement de l’aéroport international Hamad, a annoncé une extension considérable de ce dernier afin d’accueillir dans des conditions optimales ces visiteurs internationaux venus pour la coupe du monde de football.

L’agrandissement permettra à l’aéroport d’accroître sa capacité afin d’accueillir jusqu’à 58 millions de passagers par an d’ici 2022 et jusqu’à 70 millions dans les années qui suivront la compétition internationale. Par ailleurs, l’agrandissement de l’aéroport permettra à 9 points de stationnement au contact de plus de voir le jour ainsi que 22 nouveaux points de stationnement accessibles par bus.

À noter que le Président-directeur général du groupe Qatar Airways avait déjà annoncé, en novembre dernier, le démarrage de la rénovation de l’ancien aéroport international de Doha. Celle-ci permettra de soutenir l’augmentation considérable de la fréquentation en novembre et décembre 2022.

Crédit : Hamad International Airport

Un nouveau mode de fonctionnement (libéralisation, écologie, régulation, …).

Outre les spécificités intrinsèques du Qatar et le développement de Qatar Airways, c’est tout le secteur de l’aérien qui a été observé par Akbar Al Baker lors de son allocution prononcée à l’aube de l’édition 2020 du sommet aéropolitique organisé par CAPA Aviation.

Libéralisation.

Le Président-directeur général du groupe aérien qatari a tout d’abord marqué son souhait de voir ce secteur d’activité devenir plus libéral, considérant que les mesures protectionnistes prises par certains gouvernements viennent trop souvent entraver les échanges humains et commerciaux.

« Aujourd’hui, les gouvernements ne recherchent pas l’intérêt commun. Nous devons libéraliser notre industrie ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Écologie.

Plus que tout, l’écologie a également été au coeur des échanges de cette deuxième édition du sommet aéropolitique du Qatar.

Difficile en effet de passer outre lorsque l’on sait que tous les regards sont tournés vers l’aviation commerciale. Déjà, la dernière assemblée générale organisée par l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) avait été centrée sur cette thématique préoccupante.

Son Excellence Akbar Al Baker a ici été rejoint dans ses observations par Alexandre de Juniac, Président-directeur général de IATA et Willie Walsh, Président-directeur général du groupe IAG.

Le secteur aérien dans son ensemble est d’ores et déjà mobilisé depuis de nombreuses années sur cette épineuse question. Avionneurs, motoristes oeuvrent quotidiennement afin de proposer aux compagnies aériennes des produits de dernière génération, conforme aux nouvelles attentes environnementales.

Ainsi, à titre d’exemple, les avionneurs conçoivent et produisent désormais des avions plus économiques, plus écologiques, aux performances opérationnelles améliorées. À Willie Walsh de rappeler que l’Airbus A350-1000 de British Airways qui opère sur l’axe LondresToronto consomme jusqu’à 38% de carburant en moins que le Boeing 747-400 pour une capacité d’accueil à bord similaire.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

Régulation.

Compte tenu des récentes annonces de Boeing et des autorités de certification américaine, le 737 MAX et sa future remise en service ont été abordés à Doha.

Si, à la différence d’Al Baker (comme il le confiait à The Travelers Club lors d’une rencontre en petit comité au salon international du Bourget l’an passé) Walsh ne croit pas en la nécessité de renommer le 737 MAX, tous s’accordent à dire que ces tragiques accidents et les révélations qui en ont découlé doivent servir d’exemple pour une meilleure régulation du secteur et un changement véritable dans les pratiques internationales de certification.

Ainsi, son Excellence Akbar Al Baker en appelle à plus de prudence. Selon le patron de Qatar Airways, toutes les modifications apportées aux performances d’un avion commercial doit entrainer, de fait, une entière re-certification de l’appareil.

« Tout type avion, déjà certifié, qui transporte des passagers et dont les caractéristiques techniques et les performances opérationnelles ont été modifiées devrait être de nouveau entièrement certifié. Il en va de la sécurité de tous ! » – Akbar Al Baker, Président-directeur général du groupe Qatar Airways.

Comment lui donner tort.

Crédit : The Travelers Club / Do not use without our consent

Conclusion.

Nombreux sont les nouveaux enjeux du secteur de l’aérien.

Si l’écologie et plus spécifiquement la réduction des émissions de CO2 sont incontestablement les pierres angulaires des récentes discussions (Alexandre de Juniac s’est d’ailleurs félicité de l’intégration du programme CORSIA), l’industrie du transport aérien vit une période de profonds changements et bouleversements.

Du côté du Qatar, les relations diplomatiques avec les pays à l’initiative du blocage de la péninsule n’évoluent guère. Qu’importe, le pays et sa compagnie aérienne nationale font preuve d’une profonde résilience depuis les premières heures du conflit jusqu’à leur permettre aujourd’hui de fonctionner de nouveau pleinement (nouveaux appareils en flotte, nouvelles routes, produits récompensés à de multiples reprises, …).

Qatar Airways rappelle cependant que les pertes annoncées l’an passé sont en lien étroit, voir exclusif, avec le blocage du Qatar et à la fermeture imposée de routes extrêmement rentables pour la compagnie aérienne.

Par ailleurs, cette dernière soutien incontestablement le développement de son pays qui mise, quant à lui, sur son hospitalité et les nouveautés en matière d’opportunités d’affaires, de loisirs, et de culture pour attirer à lui de nouveaux visiteurs, et ce, même avant la coupe du monde 2022 de la FIFA.

Tyler.

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